« Venue du cœur, puisse la musique retourner au cœur... »
Ludwig van Beethoven
Annotations laissées par le compositeur sur le manuscrit de sa Messe en ut majeur
« Dès les premières années de l’après-guerre, j’ai pu éprouver, jour après jours, l’importance que les mélomanes français attachaient à cette idée de réconciliation avec l’Allemagne... J’ai tenté par tous les moyens de répondre à cet élan avec autant de sérieux que de cœur. La France est devenue ma deuxième patrie !
Je suis particulièrement heureux que mes conceptions de la valeur exemplaire que revêt la musique dans le rapprochement des deux communautés, aient rencontré un écho aussi favorable en Alsace !
Le succès du Festival de Colmar me donne la certitude d’avoir été compris... ».
Karl Münchinger en 1983.
Né à Stuttgart, Karl Münchinger y étudie à la Hochschule für Musik avant de se former à Leipzig et à Salzbourg. Toute sa carrière marque d’ailleurs un attachement viscéral à sa ville natale. Organiste et chef de chœur à ses débuts, il devient en 1941, avec l’appui et les encouragements du légendaire Wilhelm Furtwängler, chef principal de l’Orchestre symphonique de Hanovre. Dès 1945, Karl Münchinger fonde l’Orchestre de chambre de Stuttgart et devient en 1949 le premier chef allemand à donner des concerts en France, notamment à Paris. Dès 1953, il entreprend avec un succès triomphal des tournées aux Etats-Unis et en Amérique du Sud.
Sous sa direction, l’Orchestre de chambre de Stuttgart grave dans les années 1950 et 1960 de très nombreux enregistrements, essentiellement dédiés aux œuvres de Bach, Haendel, Haydn et Mozart. En 1977, l’Orchestre de chambre de Stuttgart devient le premier ensemble allemand invité à se produire en Chine. L’approche stylistique de Münchinger, tout comme celle de Claudio Scimone, Jean-François Paillard ou Neville Marriner, perd à la fin des années 1970 les faveurs d’une partie de la critique musicale, ce qui correspond à l’engouement grandissant pour les instruments anciens et les interprétations dites « authentiquement » baroques. A l’heure actuelle, on peut constater un certain regain d’intérêt pour la tradition que représente Karl Münchinger, et, de nos jours, certains chefs d’orchestre réputés n’hésitent plus à affirmer une « rupture » avec le courant dominant de ces dernières années.
Réputé pour avoir rendu aux œuvres de J.S. Bach, compositeur qu’il admirait profondément, leur fraîcheur et leur « saveur », Karl Münchinger parvient, sans avoir recours aux instruments dits d’époque, à conférer à ses interprétations une vigueur, une jubilation et une pulsion rythmique tout à fait surprenantes. Ses gravures magistrales (que ce soit les Quatre saisons de Vivaldi ou les Concertos Brandebourgeois de J.S. Bach) demeurent le symbole d’un classicisme magistral, fait de clarté absolue et de respect des partitions
Loin des étiquettes réductrices, Karl Münchinger, que l’on continue à ranger plus volontiers et sans surprise du côté de Bach et du classicisme viennois (Haydn et Mozart), apparaît également comme un remarquable interprète de Beethoven, compositeur particulièrement cher à son cœur depuis son adolescence. Sa vision de la musique de Mendelssohn, Schumann et Brahms, comme en témoignent ses nombreux enregistrements à la tête des grandes formations symphoniques et de la Klassische Philharmonie de Stuttgart qu’il fonde en 1966, ne cesse de séduire à la fois par sa spontanéité et par sa rigueur d’approche artistique.
La naissance du Festival de Colmar dont Karl Münchinger fut le premier directeur musical de 1979 à 1989, doit tout à une véritable histoire d’amour de cet illustre chef d’orchestre allemand pour une ville alsacienne qui renferme des grands chefs-d’œuvre de l’art rhénan tels que « La Vierge au buisson de roses » de Martin Schongauer et « Le Retable d’Issenheim » de Matthias Grünewald, auxquels le musicien vouait un véritable culte. Karl Münchinger insistait sur le fait que le Festival de Colmar ne devait pas devenir un événement mondain, sacrifiant au vedettariat, mais rester une fête pour les amoureux de la musique qui venaient partager une aventure artistique.
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