Un programme franco-russe en clin d'œil aux Ballets russes de Diaghilev : le 10 juillet 2010

diaghilev_ballet_russes.jpgC'est un véritable feu d'artifice que propose Andrey Boreyko à la tête du National Philharmonique de Russie ! Son programme, brillamment conçu, nous entraîne à la redécouverte de quatre chefs-d'œuvre absolus du répertoire symphonique : Le Chant du rossignol et Petrouchka de Stravinski, Le Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy, ainsi que le fameux cycle vocal de Ravel, Shéhérazade, chantée par la soprano Hibla Gerzmava qui triomphe cette saison dans La Bohème au Covent Garden de Londres et dans La Traviata à l'Opéra de Valence sous la baguette de Lorin Maazel.

 

 

  stravinski2.jpgStravinski et Ravel

  L'œuvre de Stravinski a toute sa place dans un hommage à Ravel et Rachmaninov. En effet, Stravinski connaissait très bien les deux musiciens (tout comme il fréquentait Debussy ou encore Eric Satie). Dans la correspondance de Ravel, nous trouvons plusieurs lettres adressées à Stravinski qui commencent toutes par un sympathique « mon cher vieux... ». Par ailleurs, les deux compositeurs ont envisagé en 1913 de restituer La Khovantschina, célèbre opéra de Moussorgski, musicien qu'ils admiraient profondément tous les deux. Hélas, ce projet de collaboration a été rapidement abandonné...

  Dans les années 1910 à Paris, Ravel et Stravinski apparaissent comme deux figures du monde musical « incontournable » et lorsque l'on inaugure la nouvelle salle Pleyel, les seuls compositeurs qui sont sollicités sont bien nos deux « vieux » compères !

  Ravel a toujours défendu la musique de Stravinski, notamment après le scandale déclenché par la première à Paris du Sacre du printemps, et s'est toujours insurgé contre le jugement hâtif et condescendant des critiques musicaux de l'époque. Quant à Stravinski, non seulement il tiendra à assister aux obsèques de Ravel le 30 décembre 1937, mais il fera publier un long article élogieux sur la portée et l'importance de l'œuvre de Ravel dans l'histoire de la musique. Manuel Rosenthal témoigne : « Le jour de la mort de Ravel, je dirigeais L'Enfant et les Sortilèges. En me retournant pour saleur, j'ai vu un homme plus que bouleversé, livide... C'était Stravinski, il venait de perdre son grand frère ! ».

    diaghilev.jpgLes musiques de ballet composées par Stravinski pour les « Ballets Russes » de Diaghilev

  Le Chant du Rossignol et Petrouchka, tout comme L'Oiseau de feu et Le Sacre de printemps, sont composés pour les spectacles parisiens des « Ballets Russe ». C'est Ernest Ansermet qui dirige le 2 février 1920 la première représentation du ballet Le Chant du rossignol à l'Opéra de Paris dans la chorégraphie de Leonid Massine et les décors d'Henri Matisse. C'est la grande Tamara Korsavina qui danse le rôle titre.

  serge_de_diaghilev.jpgAprès le succès triomphal du premier ballet commandé à Stravinski, L'Oiseau de feu, Serge de Diaghilev prend la décision de demander à Stravinski une nouvelle œuvre : ce sera Petrouchka, le personnage emblématique du « guignol » russe. Créé le 13 juin 1911 à Paris au Théâtre du Châtelet avec le légendaire danseur des « Ballets russes » Vaclav Nijinski dans le rôle titre et Tamara Karsavina dans celui de la Ballerine, le spectacle remporte un triomphe. La chorégraphie de Mikhaïl Fokine, la splendeur des décors d'Alexandre Benois et la direction inspirée de Pierre Monteux contribuent au succès. « Une orgie de sonorités russes, les plus authentiques depuis Moussorgski ! », écrira, enthousiaste, le pianiste Arthur Rubinstein qui assiste à la première.

  Stravinski témoigne dans son autobiographie : «  Je me souviens qu'à la générale au Châtelet, à laquelle était conviée l'élite du monde artistique et la presse, Petrouchka produisit une impression immédiate sur l'assistance et la plupart de mes prévisions en ce qui concerne la sonorité s'étaient entièrement confirmées. (...) Nijinski incarnait ce personnage avec perfection... ».

  Cette partition qui reste à juste titre l'une des plus fréquemment jouées de son auteur, mêle le burlesque et la sensibilité, tout à l'image de son malheureux héros. La musique de Petrouchka se présente comme un véritable « collage » sonore, une succession de tableaux fortement contrastés et d'une étonnante nouveauté. Stravinski restitue à merveille l'atmosphère sonore d'une fête foraine au cours de la Semaine grasse et utilise fréquemment les thèmes empruntés aux chansons populaires russes.

  Notons pour l'anecdote qu'en 1913, lors de la tournée des « Ballets russes » à Vienne, , l'orchestre de la ville refuse d'abord de jouer la partition de Stravinski, qualifiant la musique de Petrouchka de schmutzige Musik (musique sale) !

  La musique des grands ballets de Stravinski (L'Oiseau de feu, Petrouchka, Le Sacre du printemps, Le Chant du rossignol, Le Baiser de la Fée...) qui, dès leur création, ont assuré à leur auteur une notoriété mondiale font dorénavant partie du répertoire de toutes les grandes formations orchestrales.

 
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