Médaille d'or au prestigieux concours Busoni, le jeune
Kun-Woo Paik se fait remarquer en jouant pour son premier concert à New York
l'intégrale ( !) de l'œuvre pour piano de Ravel. Remarquable interprète de
la musique russe (il a joué et gravé les intégrales des concertos de Prokofiev
et Rachmaninov), Kun-Woo Paik excelle également dans la musique française
(comme en témoigne son album dédié à Fauré ou son intégrale Chopin).
Pour son récital Ravel à Colmar en 2010, le pianiste coréen a choisi de construire son programme autour de l'axe « classique » : en effet, Ravel fut l'un des compositeurs du 20e siècle à la fois le plus novateur et le plus attaché à l'héritage laissé par les grands maîtres du clavier des époques précédentes. L'art pianistique de Ravel semble aspirer à la contemplation du Beau et au plaisir de l'oreille, disait l'un de ses disciples.
Reconnu comme l'un des plus grands maîtres de l'orchestre, Ravel nous laisse également un impressionnant corpus de pièces pour piano, et cette partie de sa création apparaît comme essentielle dans l'histoire de la musique du 20e siècle. En raison des similitudes (souvent superficielles!) de leurs univers harmoniques, Ravel est systématiquement comparé avec Claude Debussy. Pourtant, force est de reconnaître que l'écriture pour piano de Ravel n'appartient en aucun cas à un quelconque style unique. Nous y trouvons son goût prononcé pour les rythmes de danse et le pastiche archaïque (Menuet antique, Menuet pompeux, Pavane pour une infante défunte, Le Tombeau de Couperin), mais aussi une maîtrise parfaite des techniques dites « impressionnistes » (Miroirs, Jeux d'eau, Gaspard de la nuit).
Une simple lecture des titres des œuvres pour piano de Ravel nous révèle la diversité de ses repères esthétiques : d'une part, y apparaissent les noms de Couperin, Haydn, Chabrier et de Borodine, d'autre part, on y voit fréquemment les termes de valse, pavane ou menuet qui nous transportent aussitôt vers des époques bien différentes de celle de Ravel. L'ancien y côtoie le moderne, et les partitions de Ravel, fruits d'une longue et lente gestation, tendent au fil des ans vers une épure formelle de plus en plus prononcée.
Les œuvres pour piano de Ravel ne sont jamais très longues, car le compositeur semble avoir appris dès le début de sa carrière à exprimer sa pensée en très peu de mots. Dans le programme du récital proposé par Kun-Woo Paik apparaît en premier lieu l'héritage classique (dans la Sonatine), puis des références à Franz Liszt (dans Jeux d'eau), communes à tout créateur du début du 20e siècle voulant relever le défi de la composition piano.
La musique de Ravel est aussi faite de paradoxes, coutumiers de son existence et de sa personnalité : « Il est à la fois proche et lointain, il raconte tout en suggérant, il rappelle en même temps qu'il invente, il nous donne à ressentir l'insaisissable », disait Vlado Perlemuter qui eut le privilège de connaître Ravel et de jouer ses partitions devant l'auteur.
En
résumé, la musique pour piano de Ravel devrait être jouée sans que la
virtuosité technique ne cache la poésie et l'intensité expressive de cet
univers unique et si personnel. A ne pas en douter, Kun-Woo Paik fait
partie
des pianistes « ravéliens » qui parviennent à restituer la magie de
sa musique pour piano et sa quête de la perfection.
http://www.kunwoopaik.com/
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