Le 6 juillet à 18h15 à la chapelle Saint Pierre.Perpétuant un genre aussi exigeant que prestigieux, les quinze quatuors à cordes de Chostakovitch occupent une place particulière dans la musique du 20e siècle. Par leur puissance symbolique et leur force d’impact émotionnel, ils constituent l’un des sommets incontestables de l’abondante production du compositeur ! Avec une étonnante économie de moyens, Chostakovitch nous livre une série de partitions de grande envergure, où triomphe son imagination mélodique et rythmique.
Dans les vingt dernières années de sa vie, le compositeur privilégie cette forme d’expression, plus intime et plus introvertie, par rapport aux grandes symphonies. Il faut ajouter que le sort réservé aux quatuors de Chostakovitch fut plus clément que celui réserver aux opéras ou à d’autres œuvres pour lesquelles le compositeur dut livrer de rudes batailles : les critères officiels de la musique soviétique de l’époque n’entravèrent pas leur création. Ainsi, le cycle vocal Satires, écrit juste avant le Huitième quatuor, fut purement et simplement interdit après sa première exécution !
Au cours de l’été 1960, Chostakovitch part en Allemagne de l’Est, près
de Dresde, où il doit terminer la musique de film Cinq jours, cinq
nuits. C’est pendant ce séjour qu’il compose en un temps record - trois
jours seulement ! - son Huitième quatuor à cordes. La création aura lieu
le 2 octobre de la même année à Leningrad par les fidèles amis du
compositeur, le célèbre Quatuor Beethoven. La partition sera publiée en
1961 avec la dédicace suivante « Aux victimes de la guerre et du
fascisme ». Ce Quatuor à cordes en ut mineur compte certainement parmi
les plus belles pages du siècle jamais écrites pour cette formation.Chostakovitch confiait que la dédicace possédait une signification beaucoup plus large, allant au-delà de la « dénonciation » du fascisme, et qu’elle était surtout destinée à « berner » les autorités afin d’éviter les foudres de la censure : « Lorsque j’ai écrit le Huitième quatuor, on l’a d’office qualifié de « dénonciation du fascisme ». Pour dire cela, il fallait être à la fois sourd et aveugle, car dans ce quatuor tout est clair comme dans un abécédaire. C’est un quatuor autobiographique ! Qu’est-ce que le fascisme vient faire là-dedans ?... »
Le caractère autobiographique de l’opus 110 est par ailleurs confirmé par d’autres témoignages du compositeur et l’utilisation systématique de thèmes musicaux empruntés aux partitions antérieures y est tout à fait frappante. Les cinq mouvements s’enchaînent sans interruption et la puissance quasi symphonique de cette œuvre, à la fois amère et violente, d’une incroyable force expressive, explique sans doute de nombreuses tentatives de sa transposition à l’orchestre.
Au Festival 2010, ce sont les musiciens français (le célèbre Quatuor Ysäye ), qui nous proposeront leur vision de ce chef d’œuvre. Il est toujours fascinant de découvrir la portée universelle des pièces considérées comme authentiquement enracinées dans une culture... Pendant longtemps, seules les formations russes ou des pays de l’Est osaient d’ailleurs « s’attaquer » à Chostakovitch et notamment à son Huitième quatuor !
| < Zurück | Weiter > |
|---|


