« Je n’ai jamais éprouvé le besoin de formuler, soit
pour autrui soit pour moi-même, les principes de mon esthétique. Si j’étais
tenu de le faire, je demanderais la permission de reprendre à mon compte les
simples déclarations que Mozart a
faites à ce sujet. Il se bornait à dire que la musique peut tout entreprendre,
tout oser et tout peindre, pourvu qu’elle charme et reste enfin et toujours la
musique ! » (Ravel, Esquisse
autobiographique, 1928)
Unanimement considéré
comme l’un des compositeurs français les plus marquants de l’histoire musicale,
Maurice Ravel reste souvent « victime » du succès planétaire de son
œuvre la plus célèbre, le Boléro.
Musicien complet et orchestrateur de génie, il s’est pourtant illustré dans pratiquement tous les genres musicaux et le Festival de Colmar 2010, sans prétendre à une impossible exhaustivité,
s’efforcera de présenter une large palette de ses créations.
Nous pourrions ainsi entendre ses grands chefs-d’œuvre orchestraux,
comme Les Valses nobles et sentimentales, la suite de Ma Mère l’Oye, le poème chorégraphique La Valse ou encore Le Tombeau
de Couperin.
La musique de chambre de Ravel sera également à l’honneur
avec sa grande Sonate pour violon et piano, son magnifique Trio pour piano, violon et violoncelle
ou encore son unique et magistral Quatuor
à cordes. Son intérêt pour la voix trouvera sa place lors de concert dédié
à la mélodie française.
Pianiste remarquable, Ravel nous laisse un florilège de pages
magistrales, comme ses deux Concertos
pour piano et orchestre ou des cycles éblouissants pour piano seul, comme Gaspard de la Nuit ou encore Les Miroirs.
La création de Ravel, fruit d’une recherche quasi
obsessionnelle de perfection, porte les traces d’un riche héritage s’étendant
de Rameau à son maître Gabriel Fauré, ainsi qu’Ernest Chausson, sans
oublier les pionniers du jazz, qu’il découvre lors de son voyage
aux Etats-Unis. Toujours original, le style de Ravel reste reconnaissable entre
tous ! Après avoir participé au début du 20e siècle au
mouvement que l’on qualifie volontiers d’ « impressionniste », Ravel s’oriente peu à peu vers un néoclassicisme plus dépouillé, tout en gardant son univers personnel.
Maître absolu et incontesté de l’orchestration, cet artiste passionnant et à la personnalité complexe
possède une incontestable sensibilité
et une expressivité qui le rapproche de l’univers des compositeurs russes. La
musique russe a exercé une forte influence sur le jeune Ravel, à qui nous devons même une pièce intitulée A la manière de Borodine.
Assez peu prolifique (86 œuvres originales et 25 pièces orchestrées ou transcrites), la production musicale de Ravel se
caractérise par l’extrême diversité des genres abordés, tout comme par une
proportion très impressionnante d’œuvres reconnues comme majeures dans l’évolution de la musique classique occidentale.
Quant à son orchestration des Tableaux d'une exposition de Modeste Moussorgski, non seulement elle a notablement
contribué, depuis des décennies, à la renommée internationale du musicien
français, mais elle a également fini par pratiquement occulté la version
originale pour piano seul du compositeur russe.
Avec Ravel disparaissait en 1937 le dernier représentant
d’une lignée de musiciens qui
avaient su renouveler l’écriture musicale sans
jamais renoncer aux principes hérités du classicisme. Par-là même, Ravel
apparaît comme le dernier compositeur dont l’œuvre dans
sa totalité, toujours novatrice et jamais rétrograde, soit « entièrement
accessible à une oreille profane » (Marcel Marnat).