Francis Drésel, Directeur de la programmation musicale
de Radio Classique rédige nos discographies depuis 2005
Hormis d'hétéroclites compilations ou de fugaces couplages, il n'existe à vrai dire guère de CD recommandables en priorité joignant Ravel à Rachmaninov : le Concerto en Sol de l'un et le 4e Concerto de l'autre enregistrés lors de sessions bénies d'Arturo Benedetti Michelangeli en mars 1957 à Londres, avec l'Orchestre Philharmonia dirigé par Ettore Gracis, une publication EMI qui n'a jamais quitté les catalogues, en microsillon comme en compact, et désormais en coffret « Icon » (EMI 2060052) ou en téléchargement, et tout récemment l'édition du récital donné le 3 août 2009 au Festival de Salzbourg par Martha Argerich et Nelson Freire, avec les 3 Danses symphoniques de Rachmaninov et La Valse de Ravel (ainsi que les Variations sur un thème de Haydn de Brahms, DG 477 8570). Signalons aussi un ancien CD Denon de la jeune Hélène Grimaud, en 1992 (reparu en coffret Brillant Classics « Hélène Grimaud – The Piano Collection »), groupant le Concerto en Sol de Ravel et le 2e Concerto de Rachmaninov, deux œuvres que la pianiste française a réenregistrées de façon plus aboutie chez Warner sous la direction de David Zinman pour le premier (en 1997) et de Vladimir Ashkenazy pour le second (en 2000, cf. infra).
Maurice RAVEL
Assez curieusement aussi, on ne trouve pas encore sur le marché du disque de réelle « intégrale Ravel », en dépit de la mode de telles éditions et du nombre relativement modeste de CD correspondants (guère plus d'une dizaine...). Mais la diversité de l'œuvre de Ravel par genres contribue à l'expliquer, ainsi qu'un très grand nombre d'anthologies en conséquence.
1 / Musique pour piano
·
Œuvres
pour piano seul.
Les pages pour piano seul n'occupant pas plus de deux CD, les pianistes enregistrent pour la plupart des « intégrales ». Si l'on veut concilier pureté du style, virtuosité et inspiration, sans oublier la qualité de la prise de son, celle de Jean-Yves Thibaudet s'impose aisément, réunissant les pages essentielles – Gaspard de la nuit, Valses nobles et sentimentales, les 5 Miroirs (dont Une Barque sur l'océan et Alborada del gracioso), la Sonatine, Le Tombeau de Couperin, la Pavane pour une Infante défunte, le Menuet antique et Jeux d'eau – et les plus brèves – Sérénade grotesque, Prélude pour piano, Menuet sur le nom de Haydn, A la manière de... Borodine et de... Chabrier (mars 1991, 2 CD Decca 433 515-2). On peut d'ailleurs la « compléter » avec les 2 Concertos pour piano, Thibaudet étant accompagné par l'Orchestre Symphonique de Montréal placé sous la direction de Charles Dutoit, autre parfait ravélien (1995, Decca – cf. infra).
Entre autres multiples intégrales « modernes », s'affrontent au sommet les mérites respectifs de Louis Lortie (1988/89, Chandos CHAN 8620 & 8647), qui a aussi gravé les Concertos et les pages pour piano à 4 mains (cf. infra) et de Philippe Entremont, après une anthologie déjà remarquable chez CBS (Sony), pour sa regravure en 2003/2004 (2 CD Cascavelle Vel 3075). Au même moment se sont d'ailleurs multipliés les excellents cycles : le très poétique et personnel Alexandre Tharaud (Harmonia Mundi HMC 901811.12), le très sérieux Roger Muraro (Accord 476 0941), Georges Pludermacher en live (Transart TR 143) ou Jean-Efflam Bavouzet déjà à son meilleur (MDG 604 1190-2). On ne saurait cependant oublier dans les années 70 Jean-Philippe Collard (EMI) ou Pascal Rogé (Decca), et moins encore les témoignages historiques de Walter Gieseking (1954, EMI 5 74793 2), Samson François (irremplaçable en particulier pour Gaspard de la nuit, EMI) et Vlado Perlemuter (chez Vox d'abord, dans les années 50 – CDX2 5507, puis chez Nimbus, hélas guère mieux capté).
Quelques anthologies à noter : une démonstration virtuose par Boris Berezovsky (Gaspard de la nuit, Sonatine, La Valse et Valses nobles et sentimentales, 1994, Teldec/Warner), l'un des premiers disques de Nicholas Angelich (Gaspard de la nuit, La Valse et Miroirs, 1997/98, Lyrinx 170), Sviatoslav Richter par exemple dans les Valses nobles et sentimentales ainsi que les Miroirs donnés à la Radio Tchèque le 2 septembre 1965 (+ Liszt, Praga PR 254 057) et Martha Argerich, incomparable en studio dès 1960 (Jeux d'eau, DG) puis en 1974 (Gaspard de la nuit, Valses nobles et sentimentales, Sonatine) et davantage encore en public au Concertgebouw d'Amsterdam en 1979 (de nouveau Gaspard de la nuit et la Sonatine, EMI), sans compter ses fulgurances dans le Concerto en Sol ou en piano à 4 mains (cf. infra)...
· Piano à quatre mains.
Martha Argerich s'y est montrée à maintes reprises exceptionnelle, et tout récemment encore au Festival de Salzbourg 2009, dans une vertigineuse Valse emmenée avec Nelson Freire (+ Rachmaninov et Brahms, DG 477 8570), qu'elle avait gravée une première fois avec le même partenaire vingt-sept ans auparavant (DG). Toujours aux côtés du pianiste brésilien, elle gravait en 1993 d'assez étranges arrangements pour 2 pianos et percussion de Ma Mère l'Oye et de la Rapsodie espagnole... dus au percussionniste Peter Sadlo, qui prenait part à l'enregistrement avec son collègue Edgar Guggeis (DG, multiples références). Dix ans plus tard, la pianiste argentine revenait d'ailleurs à Ma Mère l'Oye avec la complicité de Mikhaïl Pletnev (+ Prokofiev, DG 474 8682), après avoir dansé La Valse avec Alexander Rabinovitch en 1996 (+ Dukas et R. Strauss, Warner 4509 964352).
Deux autres réalisations « modernes » dominent. Enregistrés en juin 1990, Louis Lortie et Hélène Mercier proposent bien sûr les deux chefs-d'œuvre pour 4 mains : Ma Mère l'Oye et la Rapsodie espagnole. Ils y ont ajouté l'arrangement pour 2 pianos du Boléro et la version pour 2 pianos de La Valse, ainsi que celle, plus rarement abordée, de l'Introduction et Allegro (Chandos CHAN 8905). Pour le premier CD paru sous leur propre label, KML Recordings, les sœurs Katia et Marielle Labèque regroupent les versions d'origine (pour piano à 4 mains) de la Rapsodie espagnole et de Ma Mère l'Oye, auxquelles s'ajoute une singulière approche du Boléro, avec ajout de percussions basques dû à Michel Sendrez (jouées par Gustavo Gimeno), le Prélude par Katia Labèque, le Menuet antique par Marielle et la Pavane pour une Infante défunte par les deux (se partageant partie du haut et partie du bas). Une vingtaine d'années avant, les mêmes pianistes avaient déjà signé une brillante version de Ma Mère l'Oye chez Philips.
· Les 2 Concertos pour piano.
- Krystian Zimerman (piano), Orchestre de Cleveland (Concerto en Sol + Valses nobles et sentimentales), Orchestre Symphonique de Londres (Concerto pour la main gauche), dir. Pierre Boulez (DG 449 213-2, 1994-1996).
Enregistrée fin 1994, cette version du Concerto en Sol atteint des sommets de poésie, d'équilibre, de fusion des timbres (entre le toucher de Zimerman et les timbres de Cleveland, agencés à merveille par Boulez et superbement captés !). Le Concerto pour la main gauche donné deux ans plus tard à Londres est à peine moins miraculeux, tandis que les Valses nobles et sentimentales (Cleveland) offrent un complément idéal (en CD isolé ou dans l'anthologie orchestrale de Boulez – cf. infra).
- Face à cette interprétation d'exception, se retrouve d'abord Martha Argerich, mais dans le
seul Concerto en Sol, et à deux reprises sous la direction de Claudio Abbado (sans compter un live à la RAI de Rome, Artist Live Recordings FED 060) : avec le Philharmonique de Berlin les 31 mai et 1er juin 1967, puis en février 1984 avec le Symphonique de Londres (DG dans les deux cas, multiples références), le second enregistrement étant joint à l'origine à un exemplaire Concerto « pour la main gauche » par Michel Béroff, Abbado dirigeant le LSO en novembre 1987 (DG 423 665-2). Historiquement, on ne saurait se passer de Samson François, en août 1959 avec l'Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire dirigé par André Cluytens (+ le génial Gaspard de la nuit capté à Monte-Carlo en 1967, EMI 5 66905 2).
- Juste après ces versions d'exception se placent diverses autres conceptions aux qualités propres,
comme celles de Jean-Yves Thibaudet avec Charles Dutoit (et un intéressant couplage avec les Concertinos de Françaix et de Honegger, 1995, Decca 452 448-2), François-René Duchâble et le Capitole de Toulouse sous la direction de Michel Plasson (1995 aussi, avec la Fantaisie de Debussy, EMI 5 55586 2), Louis Lortie et le LSO conduit par Rafaël Frühbeck de Burgos (+ Ballade de Fauré, 1989, Chandos CHAN 8773, + un live de la CBC en Nuova Era), Jean-Philippe Collard (et des pièces pour piano seul, Lorin Maazel dirigeant l'ONF dans les Concertos, 1978/80, EMI 4 78977 2), Zoltan Kocsis avec Ivan Fischer (1995/96, Philips 446 713-2), Claire-Marie Le Guay et Louis Langrée (2004, Accord 476 8043), Georges Pludermacher avec Jean-Claude Casadesus (1992, Harmonia Mundi), la regrettée Alicia de Larrocha sous la direction de Leonard Slatkin (1991, RCA 09026 60985 2) et enfin deux autres pianistes n'ayant enregistré que le Concerto en Sol : Hélène Grimaud pour la seconde fois, avec David Zinman à Baltimore (1997, Warner 0630 19571 2) et le sensible Yundi Li, avec rien moins que le Philharmonique de Berlin dirigé par Seiji Ozawa (+ 2e Concerto de Prokofiev, mai 2007, DG 477 6593). Pour le seul Concerto « Pour la main gauche », rappelons juste les gravures de Daniel Wayenberg et de Leon Fleisher, ce dernier dans le cadre d'une anthologie dirigée par Sergiu Comissiona à Baltimore (1980/82, Vanguard 084002 71).
2 / Musique orchestrale
· Anthologie dirigée par Pierre Boulez :
- Alborada del gracioso, Une Barque sur l’océan, Boléro, Daphnis et Chloé (ballet intégral), Ma Mère l'Oye (ballet intégral), Rapsodie espagnole, La Valse – Orchestre Philharmonique de Berlin –, Valses nobles et sentimentales – Orchestre de Cleveland –, les 2 Concertos pour piano (avec Krystian Zimerman, cf. supra). 1993 – 1996 (3 CD DG 476 7267, ou 3 CD séparés).
Partie intégrante du ré-enregistrement de tout son répertoire (et même davantage) de Pierre Boulez chez DG à partir des années 90, cette anthologie supplante par son aboutissement celle – déjà très convaincante – réalisée par Boulez une vingtaine d'années auparavant aux Etats-Unis chez CBS (Sony) avec certes l'Ouverture de féerie Shéhérazade et la Fanfare pour « l'Eventail de Jeanne » en plus, mais il faut de toute façon la compléter par un volume DG supplémentaire Debussy (Ballades de Villon et Danses sacrée et profane) – Ravel (Shéhérazade, 3 poèmes admirablement chantés par Anne Sofie von Otter – cf. musique vocale –, Le Tombeau de Couperin, Menuet antique et Pavane pour une Infante défunte) enregistré à Cleveland peu après (avril 1999, DG 471 614-2... ou en anthologie Debussy par Boulez).
· Anthologie dirigée par Charles Dutoit :
- Alborada del gracioso, Une Barque sur l'océan, Boléro, Daphnis et Chloé (ballet intégral), Fanfare pour « l'Eventail de Jeanne », Ma Mère l'Oye (ballet intégral), Menuet antique, Pavane pour une Infante défunte, Rapsodie espagnole, Le Tombeau de Couperin, La Valse, Valses nobles et sentimentales, les 2 Concertos pour piano, Shéhérazade Ouverture de féerie, Shéhérazade 3 poèmes, L'Enfant et les sortilèges – solistes vocaux (L'Enfant et les sortilèges – cf. musique vocale), Catherine Dubosc, soprano (Shéhérazade), Pascal Rogé (piano – Concertos), Chœur & Orchestre Symphonique de Montréal (1980 à 1992 (musique vocale), 4 CD Decca 475 6891).
Particulièrement complète, cette véritable intégrale va un peu moins loin que celle de Boulez, mais vaut par son équilibre, sa beauté sonore et son homogénéité. Ces deux « sommes » peuvent évidemment être confrontées à d'autres anthologies, dont certaines « historiques ».
· Autres anthologies « modernes ».
Deux autres anthologies présentent autant de qualités : celle de Claudio Abbado à la tête du Symphonique de Londres dans les années 80 (multiples références DG) et celle de Seiji Ozawa dirigeant « son » Symphonique de Boston dans la décennie précédente (idem DG). Avec la même formation de Boston, de tradition « française » depuis Monteux et Munch, Bernard Haitink a également signé de superbes enregistrements Ravel en 1995/96 (Philips), y compris un Daphnis et Chloé de toute beauté dès mai 1989 (Philips 426 260-2), ballet que le chef néerlandais a ré-enregistré en live en novembre 2007 à la tête du Symphonique de Chicago, édité par l'orchestre lui-même (CSOR 901906). Haitink avait d'ailleurs déjà signé une anthologie Ravel splendide au début des années 70 au Concertgebouw d'Amsterdam (Philips). A Boston encore, signalons un autre Daphnis et Chloé très coloré, au risque de paraître un peu spectaculaire, sous la direction de James Levine (concert du 6 octobre 2007, BSO Classics 0801). Sans doute en raison de sa fabuleuse orchestration et de son caractère quasi cinématographique, ce ballet ne cesse d'inspirer les plus grands chefs actuels : Simon Rattle à Birmingham (1990, EMI), Riccardo Chailly au Concertgebouw d'Amsterdam (1994, Decca 443 934-2) ou bien encore Myung-Whun Chung au pupitre du Philharmonique de Radio france (2004, DG 477 5706). Autre grand chef ravélien : Lorin Maazel, dont l'immense parcours discographique a constamment été parcouru de gravures Ravel, du Philharmonia dès la fin des années 50 au Philharmonique de Vienne en 1996 (BMG), en passant par l'Orchestre de Cleveland dans les années 70 (Decca) et le National de France dans la décennie suivante (Sony) ! Avec l'Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach a enregistré un CD original, comprenant la version de Gaspard de la nuit orchestrée par Marius Constant (Ondine ODE 1051-2), tandis que son successeur, Paavo Järvi a déjà fait preuve de ses affinités avec un CD très raffiné à Cincinnati (2003, Telarc CD-80601).
· Anthologies « historiques »
Pour les gravures historiques les plus importantes, on retrouve d'abord le Symphonique de Boston sous la direction de Charles Munch au milieu des années 50, avec notamment un Daphnis et Chloé de référence en janvier 1955 (RCA « Living Stereo » 09026 61846 2), mais aussi l'Orchestre de Paris lors de ses premières sessions, dès 1968 : Boléro, Rapsodie espagnole, Pavane pour une Infante défunte et 2e Suite de Daphnis (EMI). C'est également l'Orchestre de Paris qu'a choisi Jean Martinon en 1973/74, une intégrale Ravel – avec Aldo Ciccolini dans les Concertos et Itzhak Perlman dans Tzigane – désormais disponible dans un coffret groupant aussi une intégrale Debussy par le même chef (8 CD EMI 5 75526 2), mais rappelons que Martinon avait réussi des enregistrements Ravel exceptionnels avec le Symphonique de Chicago, en 1964/68 (Rapsodie espagnole, Alborada del gracioso, Ma Mère l'Oye, Introduction et Allegro, 2e Suite de Daphnis – RCA « High Performance » 09026 63683 2). Autre grand chef français établi aux Etats-Unis, Pierre Monteux, mais c'est de retour à Londres – avec le LSO – qu'il a effectué ses meilleures gravures Ravel (Decca), exception faite de certaines à San Francisco, nettement plus anciennes (RCA). En revanche, c'est bien à Detroit, dont il a dirigé le Symphonique de 1951 à 1963, que Paul Paray a enregistré d'exaltantes versions de la plupart des pages orchestrales de Ravel (2 CD Mercury 432 003-2 & 434 306-2). Pour les Etats-Unis, signalons évidemment Leonard Bernstein, qui a notamment enregistré quatre fois le Concerto en Sol dirigé par lui-même du clavier, du Philharmonia le 7 janvier 1946 (RCA) à un concert parisien de l'ONF (20 septembre 1975, Sony), en passant par une gravure « Columbia » (1958, Sony) et un concert viennois (21 février 1971, DG) ! Enfin, il faut également rechercher les gravures du chef suisse Ernest Ansermet (avec l'Orchestre de la Suisse Romande, Decca) ainsi que du chef belge André Cluytens (EMI et Testament), tous deux grands spécialistes de la musique française.
3 / Musique de chambre
· Quatuor à cordes.
La réalisation récente la plus convaincante est celle du Quatuor Parkanyi, dont trois membres sont issus du Quatuor Orlando, auqeul on devait en son temps une superbe version des Quatuors de Ravel et de Debussy (1982, Philips). Magnifiquement enregistré en 2003, le Quatuor Parkanyi adopte aussi ce très fréquent couplage (+ Quatuor de Debussy, Praga Digitals 250 208). Si l'on attend une approche sinon « internationale » du moins « universelle », on ne peut résister ni à la perfection du Quatuor Alban Berg de sa grande époque (1983/84, avec aussi le Quatuor de Debussy, et plusieurs pages de Stravinsky en prime, EMI 9 65939 2) ni à l'énergie de l'impeccable Quatuor Emerson (+ Debussy, 1984, DG 427 320-2) ou du plus surprenant Quatuor de Leipzig (dans un couplage plus original – Tailleferre et Milhaud – 2005, MDG 307 13592).
Si l'on préfère une approche plus typiquement « française », la récente réussite du Quatuor Ebène s'impose, dans un généreux couplage (Quatuors de Fauré et de Debussy, février 2008, Virgin 5 19045 2). Ce jeune ensemble se situe en effet dans la lignée des très belles versions des Quatuors Ysaÿe (de Paris, + Debussy, 1990, Decca), Rosamonde (+ Fauré, 1999, Pierre Vérany PV 799052) ou, en remontant un peu le temps, Parrenin en 1969, dans le cadre d'une des trop rares anthologies de musique de chambre de Ravel (avec notamment Christian Ferras et Pierre Barbizet inoubliables dans Tzigane (1962), 2 CD EMI 7 67217 2). Rappelons aussi l'excellent Quatuor de Tokyo, qui proposait une version difficilement égalable de L'Introduction et Allegro (avec James Galway à la flûte, Richard Stoltzman à la clarinette et la harpiste Heidi Lehwalder, 1988/94, RCA 09026 62552 2) et, pour mémoire, les gravures illustres des Quatuors Capet (1982, EMI), Calvet (Lys) et Pro Arte (Andante ou Cascavelle).
· Sonates et Trio.
Le disque Ravel de Renaud et Gautier Capuçon leur a apporté dès 2001 une véritable et juste consécration. En compagnie du pianiste Frank Braley, ils offrent le meilleur couplage possible, avec les 3 Sonates et le Trio (Virgin 5 45492 2). Ils sont concurrencés depuis peu par le très prometteur Trio Dali, qui nous prive seulement de la Sonate pour violon et piano « posthume » mais renouvelle l'approche (juillet 2008, Fuga Libera FUG 547). Parmi les artistes légendaires ayant marqué le Trio, rappelons par exemple Jascha Heifetz (1950, RCA, avec Rubinstein et Piatigorsky !) ou David Oïstrakh (le fameux « Trio Oïstrakh » des années 50, avec Lev Oborine et Sviatoslav Knouschevitzki, réédition DG 477 8537), également admirable dans la Sonate pour violon et piano ou même dans Tzigane (avec Frida Bauer ou Vladimir Yampolsky, Philips et Praga). Mais il faut rappeler aussi le trio formé par Vladimir Ashkenazy, Itzhak Perlman et Lynn Harrell (1984, Decca), le Beaux Arts Trio (dans le cadre d'une petite anthologie avec le Quatuor par les Italiano et la Sonate pour violon et piano par Arthur Grumiaux et Istvan Hajdu, Philips) et les ensembles plus « idiomatiques » du Trio Tortelier (1969, EMI), de Jacques Rouvier, Jean-Jacques Kantorow et Philippe Muller (1974, Erato/Warner) et de Jean-Philippe Collard, Augustin Dumay et Frédéric Lodéon (1979, EMI).
Pour la seule Sonate pour violon et violoncelle, mentionnons le live d'Oleg Kagan en compagnie de Natalia Gutman (21 juillet 1989, Live Classics LCL 121), tandis que deux anthologies méritent d'être redécouvertes : celle de Régis Pasquier et Brigitte Engerer, sans le Trio mais avec les 2 Sonates pour violon et diverses pièces... en forme de habanera, Kaddish, Tzigane et la Berceuse sur le nom de Fauré (1990, Harmonia Mundi HMC 901364) et celle de la violoniste québécoise
Chantal Juillet dans un programme similaire, agrémenté d'une merveilleuse Sonate pour violon et violoncelle avec Truls Mörk (1995, Decca 448 612-2).
4 / Musique vocale
· Mélodies.
- Anthologie dirigée par Pierre Boulez : Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé (1), Chansons madécasses (2), Don Quichotte à Dulcinée (3), Cinq Mélodies populaires grecques (4) – Jill Gomez, soprano (1), Jessye Norman, soprano (2), Ensemble InterContemporain (1 & 2), José Van Dam, baryton, et Orchestre Symphonique de la BBC (3 & 4) en 1977 (+ Symphonie n° 3 de Roussel, Sony SMK 64107).
Incontournable, et à compléter avec les 3 Poèmes de Shéhérazade chantés par Heather Harper (Symphonique de la BBC dir. Boulez, Sony) ou mieux encore vingt ans plus tard par Anne Sofie von Otter avec l'Orchestre de Cleveland (1999, DG – cf. supra).
- Intégrale des mélodies : Felicity Lott, Mady Mesplé et Jessye Norman (sopranos), Teresa Berganza (mezzo-soprano), Gabriel Bacquier et José Van Dam (barytons), Dalton Baldwin (piano), Michel Debost (flûte), Renaud Fontanarosa (violon), Ensemble de Chambre de l'Orchestre de Paris, Orchestre National du Capitole de Toulouse, dir. Michel Plasson.
Exhaustif, cet ensemble enregistré au début des années 80 fait référence depuis sa parution. Sans faiblesses, il comprend même des sommets, comme la Vocalise en forme de habanera par Berganza ou la regravure des Chansons madécasses par Jessye Norman, ou toutes les interventions des deux barytons (2 CD EMI, 7 47638 8).
- Anthologies partielles ou historiques :
Concernant les chanteuses, il faut rechercher l'anthologie de la soprano belge Suzanne Danco (Shéhérazade, Deux Mélodies hébraïques et Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé) avec l'Orchestre de la Suisse Romande dirigé par Ernest Ansermet (1954, Decca), ainsi que Shéhérazade par Régine Crespin (même accompagnement, Decca), également remarquable dans les Histoires naturelles avec Philippe Entremont au piano (1979, Sony). On peut également succomber au charme particulier de Barbara Hendricks, bien soutenu par l'Orchestre de l'Opéra de Lyon que dirige John Eliot Gardiner, dans Shéhérazade, les Mélodies hébraïques et populaires grecques, et la Vocalise en forme de habanera (+ Duparc, 1986, EMI 7 49689 2). Du côté des hommes, les priorités sont les Histoires naturelles et les Mélodies Hébraïques chantées par Pierre Bernac accompagné au piano par Francis Poulenc (EMI), ainsi que l'anthologie gravée en 1958 par son plus grand héritier, Gérard Souzay (EMI), sans oublier, plus proches de nous, les belles versions du baryton Bernard Kruysen. Dans une optique radicalement différente, assurément moins idiomatique, on peut comparer à l'anthologie réalisée un peu tard par Dietrich Fischer-Dieskau (1983, Orfeo C 061 831).
· Opéras et cantates.
-
L'Enfant et les sortilèges.
Signée Lorin Maazel en 1960, la version de référence est désormais fort heureusement couplée à celle de L'Heure espagnole (un peu moins souvent enregistrée), également dirigée par Maazel à Paris, cinq ans plus tard. L'interprétation rivalise de féerie, de transparence et d'intelligence comme de poésie, et la distribution exemplaire réunit Françoise Ogéas (l'enfant), Jane Berbié (l'écureuil), Janine Collard (la libellule), Sylvaine Gilma (le rossignol), Colette Herzog (la chauve-souris), Heinz Rehfuss (un arbre), Michel Sénéchal (la rainette) avec la Maîtrise et le Chœur de la RTF, et l'Orchestre National de l'ORTF (2 CD DG « The Originals » 449 769-2).
Sa principale rivale est longtemps restée la version, mieux enregistrée en 1992, de Charles Dutoit à la tête du Chœur et de l'Orchestre Symphonique de Montréal, avec également une fort bonne distribution, autour de Colette Alliot-Lugaz et Catherine Dubosc (en coffret d'anthologie orchestrale Dutoit, cf. supra, ou isolément avec les « deux » Shéhérazade, les poèmes étant chantés par Catherine Dubosc, Decca 440 333-2).
C'est aujourd'hui la nouvelle interprétation dirigée par Sir Simon Rattle en concert à la Philharmonie de Berlin (septembre 2008) regroupant autour d'un orchestre parfait une distribution de rêve : Magdalena Kozena, Annick Massis, Nathalie Stutzmann, Sophie Koch, José Van Dam et François Le Roux (avec une version rêveuse et sensuelle à souhait de Ma Mère l'Oye, EMI 2 64197 2).
Parmi les gravures historiques, deux versions gardent toute leur valeur : l'une dirigée par le (jeune) Ernest Bour – en mai 1947 – avec entre autres Nadine Sautereau, André Vessières et Yvon Le Marc'Hadour (Testament SBT 1044 ou coffrets Cascavelle – cf. infra), l'autre par Ernest Ansermet en octobre 1954, à Genève, avec notamment Suzanne Danco et Hugues Cuénod (Decca, généreux couplage avec L'Heure espagnole et Le Martyre de Saint Sébastien de Debussy, 2 CD 433 400-2).
Après une interprétation très réussie dirigée par Armin Jordan en 1986, aussi avec l'Orchestre de la Suisse Romande et déjà Colette Alliot-Lugaz, entourée d'Isabelle Garcisanz, Michel Sénéchal et Philippe Huttenlocher (Erato/Warner), André Previn a regravé pour DG le chef-d'œuvre de Ravel en 1997 avec une distribution encore plus internationale (Pamela Helen Stephen, Robert Lloyd, etc.) que lors de sa première tentative, en 1981 (avec Susan Davenny Wyner, mais aussi Jocelyne Taillon, Jane Berbié, Arleen Auger ou bien encore Jules Bastin, EMI). Très vivante mais désormais surpassée par le luxe de Rattle, cette regravure a été effectuée en même temps qu'une nouvelle version de L'Heure espagnole, toujours avec le Symphonique de Londres dirigé par Previn (DG 457 589 & 590-2).
- L'Heure espagnole.
Moins riche, la discographie de cette « comédie musicale » est souvent liée à celle de L'Enfant et les sortilèges : sessions d'Ansermet, Maazel et Previn. La version de Lorin Maazel, en 1965 à Paris, demeure à acquérir en priorité, avec Jane Berbié, Jean Giraudeau, Michel Sénéchal, Jean Giraudeau, Gabriel Bacquier et José Van Dam (+ L'Enfant et les sortilèges et des pages orchestrales de Stravinsky et Rimsky-Korsakov, 2 CD DG 449 769-2).
Seules des versions « historiques » peuvent lui être opposées, en particulier celle dirigée par André Cluytens à l'Opéra-Comique en 1952, avec Denise Duval, Jean Giraudeau, René Hérent et Jean Vieuille (EMI 5 65269 2). Au même niveau se situe l'enregistrement d'Ernest Ansermet, avec Suzanne Danco, Paul Derenne et Michel Hamel (septembre 1953, Decca – cf. supra), que l'on retrouve aussi en un CD « Historische Ton Dokumente » reprenant l'illustre gravure de Georges Truc à l'Opéra de Paris, avec Jeanne Krieger, Louis Arnault et Raoul Gilles. Signalons aussi Armin Jordan, avec les précieuses prestations de Michel Sénéchal et Philippe Huttenlocher (Erato/Warner, à rééditer).
- Cantates « de Rome ».
Après de rares tentatives, notamment sous la direction de Hubert Soudant, ces trois cantates – Myrrha (1901), Alcyone (1902) et Alyssa (1903) – ont sans doute trouvé leur interprétation définitive grâce à Michel Plasson au Capitole de Toulouse en 2000, avec des distributions sans concurrence : Véronique Gens, Yann Beuron et Ludovic Tézier pour Alyssa, Mireille Delunsch et Béatrice Uria-Monzon pour la deuxième, et notamment Norah Amsellem dans Myrrha (EMI 5 57032 2).
Les témoignages de Ravel en tant qu'interprète se révèlent marginaux, tant en quantité qu'en authenticité, sauf comme éventuel « reflet » d'une certaine approche. Sous divers labels, on trouve sous la direction du compositeur le Boléro et le Concerto en Sol – Marguerite Long en soliste – avec la complicité de l'Orchestre des Concerts Lamoureux au début des années 30, ainsi que le morceau le plus demandé à Ravel en tournée, son Introduction et Allegro pour harpe et accompagnement, par un ensemble de chambre en 1923. Ces gravures ont été regroupées par la firme Urania (22.341) avec le Concerto « Pour la main gauche » en 1937 par son dédicataire, Paul Wittgenstein, et Bruno Walter à la tête du Concertgebouw d'Amsterdam.
Pour les amateurs de gravures illustres, signalons enfin la série de 3 coffrets de 3 CD « Maurice Ravel – Son œuvre et son temps » chez Cascavelle, regroupant des enregistrements d'Alfred Cortot, Dinu Lipatti ou Walter Gieseking, des Quatuors Calvet et Pro Arte, et d'orchestres français sous la direction de Piero Coppola, Ernest Bour, Pierre Monteux... ou Maurice Ravel (Trois Chansons madécasses, avec Madeleine Grey), autant de témoignages précieux de toute une époque, mais techniquement précaires.
Sergueï RACHMANINOV
Pour Rachmaninov, les priorités discographiques sont sensiblement différentes, dans la mesure où deux coffrets (avantageux) permettent d'appréhender d'une part son héritage en tant qu'interprète (pianiste – et même chef – de ses propres œuvres ou d'autres compositeurs) et d'autre part l'ensemble de son œuvre dans des interprétations globalement satisfaisantes (coffret Brilliant Classics).
·
Rachmaninov interprète : coffret RCA Red Seal « Rachmaninoff – His Complete
Recordings ».
En 10 CD, ce coffret reprend dans un fort bon « remastering » l'intégralité des gravures effectuées par Rachmaninov, des tentatives Edison, encore précaires en avril 1919 et consacrées à diverses pages de Chopin, Liszt (2e Rhapsodie hongroise), Mozart, Scarlatti et Rachmaninov lui-même (Barcarolle op. 10 n° 3) aux ultimes sessions de fin février 1942, pour là encore de brèves œuvres pour piano seul signées Bach (3 mouvements de la 3e Partita pour violon, transcrits par Rachmaninov), Chopin, Kreisler, Schubert et Schumann, sans oublier la fameuse mélodie Les Lilas, gravée pour la seconde fois par son auteur dans sa transcription pour piano seul, à comparer avec l'enregistrement « mécanique » de 1923. Ce sont en effet toutes les gravures qui sont reprises, et on peut même aller jusqu'à comparer trois versions de la Polka V.R. et du Prélude en ut dièse mineur de l'interprète-compositeur (1919, Edison / 1921, gravure mécanique / 1928, enregistrement électrique). On y trouve également bon nombre d'autres pièces de virtuosité, souvent transcrites, de Haendel, Daquin, Chopin, Liszt, Mendelssohn, Bizet, Borodine, Rimski-Korsakov, Moussorgski, Tchaïkovski, Scriabine, Debussy, Dohnanyi, Moszkowski ou Paderewski, mais aussi les précieux reflets de sa complicité avec le violoniste Fritz Kreisler en 1928 (8e Sonate de Beethoven, Grand Duo D. 574 de Schubert et 3e Sonate de Grieg) ainsi que d'autres œuvres substantielles, comme le Carnaval de Schumann (1929) ou la 2e Sonate « Marche funèbre » de Chopin (1930). De Rachmaninov lui-même, les transcriptions côtoient divers Préludes, Etudes-tableaux et le Moment musical n° 2, mais aussi L'Île des morts, la version orchestrale de Vocalise et rien moins que la 3e Symphonie, où l’on peut apprécier le compositeur au pupitre de l'Orchestre de Philadelphie, qui a toujours réservé le meilleur accueil à ses créations. Ce sont d'ailleurs ces mêmes Fabulous Philadelphians que l'on retrouve dans la légendaire intégrale des 4 Concertos pour piano dirigée par Eugene Ormandy (1939 – 1941), sauf pour le 2e Concerto (par deux fois, incluant la première gravure de 1924) et la Rhapsodie sur un thème de Paganini (1934), lesquels reviennent à Leopold Stokowski.
Cette intégrale concertante est d'ailleurs disponible isolément (album de 2 CD), ainsi que les œuvres pour orchestre et un volume Chopin, mais on ne saurait trop conseiller l'ensemble, qui permet de se remémorer toute la sobriété et l'élégance dont témoignait Rachmaninov au piano, y compris dans ses compositions, loin des débordements dont les ont affublées certains interprètes ultérieurs. De tels documents sont en outre bien plus représentatifs que les « rouleaux » du musicien (même bien exhumés, chez Dal Segno ou Telarc), y compris ceux du piano « pneumatique » Ampico entre 1919 et 1933 (Decca « Rachmaninov plays » 440 066-2). Si l'on tient absolument à entendre Rachmaninov dans un son « moderne », mieux vaut se laisser tenter par les 13 pièces virtuoses reprises du legs RCA avec la technologie des Studios Zenph en 2009 (BMG 88697 48971 2), mais le coffret reste indispensable.
10 CD RCA BMG 82876 678922.
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L'intégrale de l'œuvre de Rachmaninov en coffret
Brilliant Classics de 31 CD.
Précisons d'emblée que cette intégrale, peut-être le plus réussi de ces fameux coffrets économiques proposés par Brilliant Classics, s'avère d'autant plus soucieuse des interprétations qu'elle comprend 3 CD de « bonus » d'enregistrements historiques : le compositeur lui-même dans son Concerto n° 2 (en 1929, avec Stokowski), Sviatoslav Richter dans les deux premiers concertos et Vladimir Horowitz dans sa première gravure du 3e (1930, Coates), sans oublier des pages pour piano seul par Richter encore, mais aussi Guilels et Sofronitski... Un CD Rom bien fait permet aussi de découvrir l'univers de Rachmaninov, mais le mieux est de suivre les 28 CD qui couvrent scrupuleusement toute son œuvre dans des versions toujours au moins convenables et parfois de premier ordre.
Très appréciée sans pouvoir faire l'unanimité, l'intégrale des Concertos virtuose et romantique mais souvent un peu précipitée d'Earl Wild (accompagné par Jascha Horenstein, en 1965) permet en tout cas de retrouver ce grand pianiste américain, disparu le 23 janvier dernier à l'âge de 94 ans. En revanche pour les 3 Symphonies, c'est une véritable référence que l'on redécouvre avec le cycle Rojdestvenski, tandis que les autres pièces pour orchestre sont traitées de façon plus prévisible par Valery Poliansky. Les quatre opéras sont tous présents – même l'inachevé Monna Vanna – et bien servis dans l'ensemble, de même que les œuvres chorales et sacrées, les 85 mélodies ou romances bénéficiant entre autres du baryton Sergueï Leiferkus et du pianiste Howard Shelley. Au chapitre des pianistes, on découvre et salue le talent du Cubain Santiago Rodriguez (Préludes et Sonates), entouré de rien moins que Nikolai Luganski (Etudes-tableaux), Alexander Ghindin, Garrick Ohlsson ou le duo Thorson & Thurber. Mentionnons encore la Sonate pour violoncelle et piano par Daniel Shafran en 1956 (avec Yakov Flier) et les Trios élégiaques par le Trio Borodine.
31 CD Brilliant Classics 9013.
· Les 4 Concertos pour piano et la Rhapsodie sur un thème de Paganini.
- En plus des gravures du compositeur (cf. supra), un ensemble « russe », récemment réuni sous label APR, s'avère tout aussi historique : enregistrements des années 50 avec divers orchestres soviétiques et en solistes Sviatoslav Richter (Concerto n° 1, dir. Kurt Sanderling), Lev Oborine (2e et 3e Concertos dir. Alexandre Gaouk et Konstantin Ivanov) et Yakov Zak (Concerto n° 4 et Rhapsodie, dir. Kirill Kondrachine), 2 CD APR 6005. Il est par ailleurs très subjectif de privilégier une des multiples « intégrales » concertantes tant les mérites peuvent être inégaux entre le soliste et l'orchestre, ou plus simplement d’un concerto à l’autre, tel pianiste se faisant plutôt le « champion » d’un des quatre en particulier… C'est en tout cas dans ces pages que se révèle la nature de l'approche « rachmaninovienne » de chaque pianiste.
- S’il fallait cependant ne retenir qu’une intégrale homogène, ce serait l’une de celles de Vladimir Ashkenazy… soliste ou chef. Au début des années 70, ce grand médiateur de Rachmaninov signait un admirable cycle à Londres, avec André Previn à la tête du Symphonique de Londres (Decca). Parfaites d’équilibre et de virtuosité, ces versions succédaient à deux des premières gravures, exaltantes, du jeune Ashkenazy en 1963 : le 2e Concerto avec le Philharmonique de Moscou dirigé par Kirill Kondrachine et le 3e avec déjà le LSO dirigé par Anatole Fistoulari (Decca « Legends » 466 375-2). Au contraire, une dizaine d’années après l’intégrale avec Previn, Ashkenazy revenait aux 4 Concertos avec davantage de sophistication peut-être, mais une réflexion aboutie et l’apport considérable de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam dirigé par Bernard Haitink (Decca, les 2e et 4e Concertos étant réédités dans la collection « The Originals »).
En tant que chef, Ashkenazy a superbement accompagné Jean-Yves Thibaudet lors de l’intégrale enregistrée avec le rutilant mais raffiné Orchestre de Cleveland entre 1993 et 1997, Thibaudet ayant « complété » les trois CD Decca par le Prélude en ut dièse mineur, la 2e Sonate et les Variations sur un thème de Corelli, interprétations tout aussi recommandables que celles des concertos. Ashkenazy a ensuite accompagné avec autant d’inspiration Hélène Grimaud dans son réenregistrement du 2e Concerto (Philharmonia, septembre 2000, Warner 8573 84376 2), auquel la pianiste a ajouté les Variations sur un thème de Corelli, le Prélude op. 32 n° 12 et 3 des Etudes-tableaux op. 33, et peu après (mars 2001) le moins médiatique jeune pianiste russe Alexander Ghindin, remarquable dans les versions d’origine (déjà exhumées) des 1er et surtout 4e Concertos, l’orchestre étant le Philharmonique de Helsinki (Ondine ODE 9772).
Parmi les autres intégrales, on peut surtout hésiter entre la fougue ductile et entraînante de Zoltan Kocsis avec Edo de Waart (San Francisco, 1983-85, Decca 475 8549/8550, avec la version pour piano de Vocalise), l’élégante retenue – mais virtuose – de Jean-Philippe Collard en compagnie de Michel Plasson (Capitole de Toulouse, 1977, EMI), l’approche plus germanique mais grandiose de Peter Rösel et Kurt Sanderling (Symphonique de Berlin, 1978-82, Berlin Classics), le romantisme slave assumé de Mikhaïl Rudy sous la direction de Mariss Jansons (Saint-Pétersbourg, 1990-93, très beau coffret EMI avec les principales œuvres pour orchestre, cf. infra), le plus grand classicisme de Kun Woo Paik assez mal secondé par Vladimir Fedosseiev (Symphonique de la Radio de Moscou, publication RCA de 1998), plus récemment l’excellent Boris Berezovsky, lui aussi desservi par l’orchestre en dépit de son entente avec le chef, Dmitri Liss (Philharmonique de l’Oural, 2005, Mirare), le non moins russe et parfait Nikolai Lugansky, mieux accompagné par Sakari Oramo (Symphonique de Birmingham, 2002/05, Warner) et l’étonnant Stephen Hough, très brillant pianiste anglais remarquablement capté en public à Dallas, le Symphonique de la ville étant dirigé par Andrew Litton (2003/04, Hyperion SACD A 67501/2).
· Concerto pour piano et orchestre n° 1.
Un peu moins enregistré que les deux suivants, ce 1er Concerto, dont le début est connu de tous grâce au générique de l’émission « Apostrophes », reste un peu l’apanage de Byron Janis, qui en a donné une version difficile à égaler en 1957 avec l’impressionnant concours du Symphonique de Chicago sous la baguette de Fritz Reiner (RCA « Living Stereo » 09026 68762 2, avec le 3e Concerto dirigé par Charles Munch). Dans un couplage identique (mais avec deux fois le même chef), une flamboyante interprétation de Barry Douglas à Strasbourg en juin 1993 avec Evgueny Svetlanov à la tête de son Orchestre Symphonique d’Etat Russe a été récemment publiée par Sony/BMG (88697 27972 2). Egalement remarquable, Mikhaïl Pletnev propose ce Concerto n° 1 joint à la Rhapsodie sur un thème de Paganini, le Philharmonia étant dirigé par Libor Pesek (1987, Virgin 5 61976 2), tandis que Leif Ove Andsnes l’a groupé au Concerto n° 2, après des concerts donnés en juin 2005 à la Philharmonie de Berlin (direction Antonio Pappano, EMI 4 74813 2). Jouant la version d’origine, le CD de Ghindin garde tout son attrait (avec le 4e Concerto, dir. Ashkenazy, Ondine – cf. supra), mais c’est un autre couplage des Concertos n° 1 et n° 2 qui s’impose en priorité, avec Krystian Zimerman en soliste, rivalisant de profondeur, de précision et de sensibilité, accompagné de surcroît à merveille par Seiji Ozawa à la tête du Symphonique de Boston (1997 – 2000, DG 459 6432).
· Concerto pour piano et orchestre n° 2.
La version Zimerman – Ozawa est une des toute meilleures de ce 2e Concerto, mais rappelons ici l’importance particulière de Sviatoslav Richter, qui en a donné une version de référence en studio avec le Philharmonique de Varsovie dirigé par Stanislas Wislocki (avril 1959, DG « The Originals » 447 420-2 + Concerto n° 1 de Tchaïkovski, dir. Karajan). Un peu moins facile à trouver, son interprétation deux mois auparavant (18 février 1959) avec le Philharmonique de Leningrad et Kurt Sanderling s’avère cependant plus impressionnante encore, avec une première progression dynamique démentielle. A rechercher absolument, surtout si le « complément » n'est autre que le 1er Concerto de Tchaïkovsky avec Mravinsky (Melodiya / JVC VICC 2011) ou celui... de Rachmaninov, toujours sous la baguette de Sanderling (BMG 29467 2, disponible aussi en intégrale « russe » des concertos).
Parmi les innombrables autres références, citons les « historiques » William Kapell en 1950 (dir. William Steinberg, RCA), Julius Katchen avec Sir Georg Solti (LSO, 1958, Decca), Gary Graffman avec Leonard Bernstein (qui avait aussi gravé ce concerto quatre ans auparavant avec Philippe Entremont, Sony dans les deux cas), ou plus récemment Andreï Gavrilov avec Riccardo Muti (Philadelphie, 1989, EMI), Yefim Bronfman et Esa-Pekka Salonen (avec un superbe 3e Concerto, Philharmonia, 1990, Sony) et Barry Douglas – Michael Tilson Thomas (LSO, 1992, RCA).
Deux versions plus récentes encore retiennent spécialement l’attention. D’abord celle du virtuose chinois Lang Lang, qui ne fait pas toujours l’unanimité mais force l’admiration dans cette œuvre, bénéficiant en outre d’un parfait soutien de l’Orchestre du Theâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg que dirige Valery Gergiev, plus inspiré que dans son accompagnement du jeune Evgueni Kissin à Londres en 1988 (RCA) : avec une Rhapsodie sur un thème de Paganini romantique à souhait, ce CD DG enregistré en 2004 s’impose aisément (477 5231). Et le même éditeur propose en DVD (DG 4400 734530) une troisième version, splendide, de ce 2e Concerto par Hélène Grimaud, captée au Festival de Lucerne 2008, avec le merveilleux orchestre du festival dirigé par Claudio Abbado, lui aussi plus heureux que lors de ses précédentes gravures (avec Cécile Licad puis Lilya Zilberstein), même si la pianiste était déjà au sommet avec Ashkenazy (Warner – cf. supra).
· Concerto pour piano et orchestre n° 3.
Si Richter est incontournable pour le 2e Concerto, Vladimir Horowitz le reste tout autant pour le 3e. A ses deux versions légendaires de studio, à Londres en 1930 sous la direction d'Albert Coates (EMI, Andante ou Brilliant) puis avec Fritz Reiner en 1951 (« Victor » Orchestra, multiples couplages en Sony/BMG) s'ajoutent deux live historiques... d'une virtuosité et d'un embrasement à la limite du délire, à connaître en dépit de leur précarité sonore : le 4 mai 1941 à New York sous la vertigineuse direction de Barbirolli (Appian APR 5519) et le 31 août 1950 à Los Angeles avec Serge Koussevitzky au pupitre (AS-Disc AS 550). Apaisé mais toujours grandiose, Horowitz est revenu en public à ce concerto en 1978 avec le Philharmonique de New York dirigé par Eugène Ormandy pour un enregistrement audio en janvier (RCA-BMG 09026 636814 2) puis par Zubin Mehta en septembre pour une vidéo (DG, à rééditer).
Ses « concurrents » les plus directs sont aussi des live, à commencer par l’interprétation enflammée, également entrée dans la légende, de Martha Argerich fin 1982, avec le Symphonique de la Radio de Berlin galvanisé par Riccardo Chailly (+ Suite n° 2 pour 2 pianos avec Nelson Freire, Philips « 50 Great Recordings » 464 732-2). Mais il faut rappeler aussi le fabuleux live de l’Américain Van Cliburn en 1958 avec The Symphony of the Air (l’orchestre de la NBC) dirigé par Kirill Kondrachine (RCA « Living Stereo » 82876 67894 2) et, plus récemment (juin 1999), la performance d’Arcadi Volodos à Berlin, le Philharmonique étant emmené par James Levine (Sony SK 64384), sans oublier Lang Lang encore très jeune au Royal Albert Hall lors des « Proms » de 2001, avec l’atout du Philharmonique de Saint-Pétersbourg et de Yuri Temirkanov (Telarc CD-80582). En studio, rappelons les interprétations décantées mais fascinantes d’Alexis Weissenberg, en compagnie de Georges Prêtre à Chicago en 1967 (RCA « Masters Collection » 09026 61396 2) puis de rien moins que Leonard Bernstein à Paris en 1979 (ONF, EMI 4 83512 2), et la magnifique approche de Mikhaïl Pletnev en soliste, « son » Orchestre National de Russie étant confié à Rostropovitch (2002, DG 471 576-2).
· Concerto pour piano n° 4.
Pour cet ultime concerto, encore moins souvent joué que les autres, moins de références isolées à rappeler, si ce n’est sa version d’origine par Ghindin – Ashkenazy (Ondine, cf. supra) et bien sûr l’enregistrement incontournable d’Arturo Benedetti Michelangeli évoqué en début de discographie (avec le Concerto en Sol de Ravel, 1957, Ettore Gracis, EMI 5672382).
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Rhapsodie sur un thème de Paganini.
Très bien servi par le disque, ce chef-d'œuvre d'hyper-romantisme accepte diverses approches, dont celle de Pletnev avec Pesek (Virgin) ou de Lang Lang avec Gergiev (DG), sans oublier le charme inimitable d'Arthur Rubinstein en compagnie du rigoureux Fritz Reiner à la tête de son Symphonique de Chicago, un enregistrement RCA de 1956, en complément de la deuxième (et meilleure) des trois interprétations signées Rubinstein du Concerto n° 2 (BMG 09026 630352). Et parmi les innombrables versions ou arrangements de la seule célébrissime 18e Variation, signalons par exemple Gautier Capuçon et Gabriela Montero, au sein d'un séduisant CD de musique de chambre intitulé « Rhapsody » (Virgin, cf. infra).
· Musique pour piano seul.
Enregistrée entre 1978 et 1991, l'intégrale du pianiste britannique Howard Shelley se distingue par son exhaustivité, y compris pour d'innombrables transcriptions de pages de Rachmaninov lui-même ou non, et une sérieuse qualité d'ensemble, tant pour l'exécution que la prise de son (coffret de 8 CD Hyperion CDS 44041/8). Isolément, on trouve cependant presque toujours mieux, à commencer par la quasi-intégrale constituée au fil des ans par Vladimir Ashkenazy (en CD séparés ou en coffret de 6 CD Decca – y compris les concertos dirigés par Previn – auxquels s'ajoutent ses publications les plus récentes, hors coffret, consacrées aux Transcriptions et enfin aux Moments musicaux). Seule manque en fait la Sonate n° 1.
- Etudes-tableaux, Moments musicaux, Préludes et multiples autres pièces pour piano.
Il existe une multitude d'anthologies et de couplages variables, avec les qualités respectives des pianistes esquissées dans la comparaison relative aux concertos. Tout en rappelant l'excellente anthologie de Jean-Philippe Collard dans les années 70 (y compris les concertos dirigés par Plasson et la Sonate pour violoncelle et piano avec Gary Hoffman, coffret de 5 CD EMI 5 86134 2), on ne signalera donc ici que certains des meilleurs couplages homogènes.
* Etudes-tableaux : pour l'ensemble des opus 33 & 39, l'un des premiers grands disques de Nikolai Lugansky (1992, Vanguard 99022) est repris dans l'intégrale Brilliant et se trouve face au plus inattendu mais très poétique Philippe Giusiano (2002, Alphée 040 1016). Pour le seul Opus 39, signalons aussi Vladimir Ashkenazy (avec les Variations sur un thème de Corelli, 1986/85, Decca) et Alexander Melnikov (même couplage avec en prime 6 Poèmes op. 38 chantés par la soprano Elena Brilova, 2007, Harmonia Mundi HMC 901978). Incontournable : Sviatoslav Richter dans l'un de ses « regroupements » personnels : Etudes-tableaux op. 33 n° 4, 5 & 8; op. 39 n° 1 à 4 & 9 (live du 2 juin 1984 à Prague, + Tableaux d'une exposition de Moussorgski, Praga 254 034).
* Moments musicaux op. 16 : aux côtés d'Ashkenazy (Decca, avec les Morceaux de fantaisie op. 3 et diverses pièces dont Vocalise), la nouvelle référence est signée Nikolai Lugansky (+ 10 Préludes op. 23 et Prélude op. 3 n° 2, 2000, Warner 8573 85769 2).
* 24 Préludes : pour les Préludes op. 23 & 32, et le Prélude op. 3 n° 2 (en ut dièse mineur), il faut là encore compter sur Vladimir Ashkenazy (1974/75, réédition Decca « The Originals » 475 8238) ou sur l'approche plus récente et opportunément virtuose de Boris Berezovsky (2004, Mirare MIR 004), à moins de revenir au hiératisme d'Alexis Weissenberg (1968/69, RCA GD 60568).
- Les 2 Sonates pour piano.
Beaucoup moins enregistrée que la Seconde Sonate, la Première bénéficie néanmoins de trois splendides interprétations « modernes », l'une due à Boris Berezovsky en 1993 (avec la version de référence des Variations sur un thème de Chopin op. 22, Warner 4509 90890), l'autre au pianiste finlandais Olli Mustonen (+ Les Saisons de Tchaïkovsky, 2005, Ondine ODE 10825) et la troisième au hiératique Alexis Weissenberg, restituant peut-être moins le caractère démentiel de l'œuvre mais la couplant logiquement à la Sonate n° 2 (1987/88, DG 427 499-2).
L'interprétation de la Sonate n° 2 a naturellement été marquée par Vladimir Horowitz, qui la joue avec quelques aménagements... et la bénédiction du compositeur. Parmi ses multiples enregistrements, il faut privilégier celui du 15 décembre 1968 à New York (Sony-BMG SMK 90447, avec diverses Etudes-tableaux), son live de Toronto le 4 novembre 1979 (Music & Arts CD-666), mais aussi sa gravure d'avril-mai 1980 (RCA-BMG, avec le 3e Concerto dirigé par Ormandy – cf. supra). La « championne » moderne de cette sonate est Hélène Grimaud, qui, après une première approche dès 1985 pour Denon (reprise par Brilliant), l'a réenregistrée de façon plus définitive fin 2004 aux côtés d'œuvres de Chopin (DG 477 5325). Un peu paradoxalement, cette terrible sonate sourit volontiers aux interprètes féminines, Cécile Ousset (EMI), Idil Biret (Naxos), Vanessa Wagner (avec les Moments musicaux, Lyrinx), Laure Favre-Kahn (Transart) et Olga Kern (Harmonia Mundi) s'y montrant convaincantes chacune à leur manière, sans surpasser les versions de Van Cliburn, historique (BMG), Jean-Philippe Collard, au classicisme souverain (1973, EMI), des impressionnants nouveaux venus Simon Trpceski (2004, divers Préludes et pièces, EMI 5 57943 2) et Denis Matsuev (2005, intéressant couplage aussi, Sony-BMG 88697 155912) et bien sûr du visionnaire Vladimir Ashkenazy (février 1980, Decca).
· Musique pour deux pianos.
Le CD indispensable, tant pour l'interprétation – de feu – que pour la cohérence du programme, est celui de Martha Argerich avec Alexandre Rabinovitch en septembre 1991 : Suite n° 1 « Fantaisie-tableaux », Suite n° 2 et les 3 Danses symphoniques (Warner « Elatus » 0927 49611 2), mais les Danses symphoniques données avec Nelson Freire au Festival de Salzbourg 2009 s'imposent tout autant (cf. supra, DG 477 8570). On peut leur confronter Emanuel Ax et Yefim Bronfman (même couplage, 1999, Sony) ou Vladimir Ashkenazy avec André Previn (au piano, 1974/79, Decca) et rappeler que Martha Argerich avait déjà gravé les Danses symphoniques en compagnie de Nicolas Economou (1983, DG), tandis qu'elle a donné au Festival de Lugano les 6 Duos op. 11 avec Lilya Zilberstein (EMI), puis la Suite n° 2 en compagnie de Gabriela Montero (Festival 2005, EMI 3 58472 2) et la Suite n° 1 de nouveau avec Zilberstein (Lugano 2008, EMI 2 67051 2). Parmi les autres réalisations, celle de l'intégrale Brilliant Classics – Ingryd Thorson & Julian Thurber – étant la plus exhaustive, signalons surtout les 2 Suites par Brigitte Engerer et Boris Berezovsky (+ Tchaïkovski, 2006/07, Mirare MIR 070) ou par John Ogdon et Brenda Lucas (+ arrangement par le compositeur du Prélude en ut dièse mineur et la Rhapsodie russe, 1988, ASV DCA 636), tandis que le Duo de Prague (Zdenka et Martin Hrsel) propose la Suite n° 2, les 3 Danses symphoniques et, plus originale, la transcription en 1910 de L'Ïle des morts (1998/99, Praga PRD 250 131). Enfin, pour leur valeur historique, il faut rechercher les gravures devenues rares de Victor Babin et Vitia Wronsky, véritables témoins de l'art de Rachmaninov (RCA, enregistrements des années 40 puis 50).
· Musique de chambre.
- Sonate pour violoncelle et piano op. 19.
Pour cette sonate essentielle du répertoire pour violoncelle et piano, deux options (récentes) se partagent la suprématie : le panache de Gautier Capuçon pour sa deuxième gravure déjà, cette fois en l'excellente compagnie de Gabriela Montero en 2006 (CD « Rhapsody » déjà évoqué) et l'absolue élégance du dialogue entre Truls Mörk et Jean-Yves Thibaudet en 1994. Les deux proposent en outre un arrangement de l'ineffable Vocalise, avec la 18e Variation de la Rhapsodie Paganini et la Sonate de Prokofiev pour les premiers, les Pièces op. 2 ainsi que la Sonate n° 1 de Miaskovski pour les seconds (Virgin les deux, 385786 2 et 5 45119 2). Pratiquement à la même hauteur se situent l'engagement d'Anne Gastinel avec Pierre-Laurent Aimard (+ Sonate de Richard Strauss, 1993, Naïve) ou la rigueur de Michal Klanka (le violoncelliste du Quatuor Prazak) accompagné par Jaromir Klepac (avec les 2 sonates de Miaskovski, 2002, Praga PRD 250 182), sans oublier bien sûr la passion de Mstislav Rostropovitch fin 1956 avec Alexander Dedyukhin (+ Vocalise et des pièces d'autres compositeurs, DG 471 6202) et le 18 mai 1976 à New York dans un concert pour sauver Carnegie Hall, avec rien moins que Vladimir Horowitz, mais le troisième mouvement seulement (Sony). Parmi les autres gravures, Kniazev – Lugansky (Warner) et Harrell – Ashkenazy (Decca) déçoivent, tandis qu'on peut succomber à la sonorité et à la perfection de Yo-Yo Ma avec Emanuel Ax (+ Prokofiev, Sony-BMG) comme de Steven Isserlis en compagnie de Stephen Hough (+ Franck, 2002, Hyperion), à l'originalité de Sonia Wieder-Atherton en compagnie d'Imogen Cooper (double album BMG au programme varié) ou au programme très « russe » choisi par l'excellent Marc Coppey avec Peter Laul (2005, sonates de Prokofiev, Chostakovitch et Schittke, double album Aeon AECD 0636). Signalons aussi la très séduisante réalisation de Mischa Maisky avec Sergio Tiempo, entièrement consacrée à Rachmaninov avec la Scène orientale op. 2 n° 2 et surtout l'arrangement pour violoncelle et piano de plusieurs mélodies (2006, DG 477 7235, précédée d'un live au Festival de Lugano 2005 pour la seule Sonate, EMI).
- Les 2 Trios « élégiaques » avec piano.
Ces deux œuvres de jeunesse, la seconde (l'opus 9, en mémoire de Tchaïkovski) étant nettement plus développée, ont trouvé leur interprétation de référence avec le Beaux Arts Trio (1986, Philips 420 175-2). Toutefois, la récente version d'admirables instrumentistes français – Régis Pasquier, Roland Pidoux et Jean-Claude Pennetier – supporte aisément la comparaison (2008, Saphir Productions), ainsi que la version plus « russe » du Trio Borodine (1983, Chandos, reprise dans l'intégrale Brilliant Classics). Pour le seul Premier, la nouvelle interprétation d'apparat de Vadim Repin, Mischa Maisky et Lang Lang s'impose (DG, mais l'essentiel du CD est consacré au Trio de Tchaïkovski), tandis que pour le Second il faut rechercher tant les quelques excès de Dmitri Makhtin, Alexander Kniazev et Boris Berezovsky (avec le Trio n° 2 de Chostakovitch, Warner) que la valeur historique du Trio Oïstrakh (David Oïstrakh avec Lev Oborine et Sviatoslav Knouschevitzki, 1958, Disques Dom). Signalons aussi un arrangement du Trio n° 2 en « Concerto élégiaque pour piano et orchestre op. 9b » réalisé et enregistré en 1993 par le pianiste australien Alan Kogosowski, avec la complicité de Neeme Järvi au pupitre du Symphonique de Detroit (+ versions orchestrales des Variations sur un thème de Corelli et de Vocalise, Chandos CHAN 9261).
· Musique symphonique.
- Les 3 Symphonies.
Exception faite de la Symphonie n° 2, créée en 1908 et enregistrée dans son intégralité dès 1928, à Cleveland, sous la direction de Nikolaï Sokolov (Music & Arts/Telarc), les Symphonies ont mis assez longtemps à s'imposer au répertoire, avec trois intégrales notoires seulement jusqu'à l'ère du numérique : Eugene Ormandy dès la fin des années 50 avec l'Orchestre de Philadelphie (2 CD Sony), brillant tout en gardant une certaine réserve, Evgueny Svetlanov, au contraire très engagé mais au prix d'une mise en place orchestrale souvent bousculée (1967/68, Symphonique d'Etat d'URSS, 2 CD Melodiya/BMG) et André Previn, parfait mais un peu extérieur avec le LSO (1973, EMI). La situation a évolué au début des années 80 avec deux réalisations « occidentales » et l'appui de deux des meilleures phalanges européennes : le Philharmonique de Berlin sous la direction presque trop rutilante de Lorin Maazel (DG) et surtout l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam, toujours aussi somptueux et inspiré par Vladimir Ashkenazy (coffret de 3 CD Decca 436 480-2, reprenant aussi L'Île des morts, les 3 Danses symphoniques et Les Cloches – avec de très bons solistes – mais pas la Symphonie « de jeunesse », pourtant enregistrée par les mêmes interprètes, symphonie que l'on trouve dans la parfaite version de Leonard Slatkin dans l'intégrale Brilliant). Les années suivantes ont vu se multiplier les intégrales, dont quatre majeures : celle du très imaginatif Guennadi Rojdestvenski (avec son Orchestre du Ministère de la Culture d'URSS, sauf pour la 2e Symphonie, ayant le privilège du LSO, intégrale Brilliant Classics), celle plus sage de Charles Dutoit, bénéficiant cependant de l'excellence de l'Orchestre de Philadelphie et de la prise de son (Decca), le cycle remarquable de Mariss Jansons à la tête du Philharmonique de Saint-Pétersbourg (divers couplages, y compris en coffret avec les concertos par Mikhaïl Rudy, EMI) et un second Svetlanov, en public en 1995, pas toujours aussi convaincant que trente ans auparavant mais bien réédité dans la monumentale « Edition officielle Svetlanov » (Warner).
Si Ashkenazy, Svetlanov 1967, Rojdestvenski et Jansons prévalent, les conclusions s'avèrent très voisines pour la seule Symphonie n° 2, pourtant de loin la mieux servie. Il suffit en fait d'ajouter la toute première version de Svetlanov, avec l'Orchestre du Bolchoï en 1964 (Warner, Edition Svetlanov), les versions ô combien historiques de Golovanov en 1945 (Boheme Music) et de Kurt Sanderling à Leningrad en 1956 (DG, plus convaincant qu'à Londres en 1989, Warner), ainsi que les gravures plus récentes de Yuri Temirkanov (Saint-Pétersbourg, 1991, BMG), l'impeccable Paavo Järvi à Cincinnati (2006, Telarc), l'étonnant Leonard Slatkin à Detroit (2009, Naxos) et la regravure de Vladimir Ashkenazy avec son nouvel orchestre, le Symphonique de Sydney (+ Caprice bohémien, Exton OVCL 00393). Signalons enfin l'étrange tentative d'arrangement de cette symphonie par Alexandre Warenberg en Concerto pour piano « n° 5 », aussitôt gravée par le pianiste Wolfram Schmitt-Leonardy et le Philharmonique Janacek dirigé par Theodore Kuchar (juin 2007, Brilliant 8900).
- Poèmes symphoniques, 3 Danses symphoniques, diverses pièces pour orchestre.
Pour une véritable intégrale orchestrale, du Scherzo en ré mineur (1887) aux ultimes Danses symphoniques (1940/41) en passant par divers arrangements, le mieux est de s'en remettre à « l'Edition officielle Svetlanov », l'immense chef russe se sentant si proche de l'univers de Rachmaninov lorsqu'il composait lui-même (Warner). Très belle anthologie également du chef néerlandais Edo De Waart avec le Philharmonique de la Radio de Hollande, qui a intégré à son intégrale des 3 Symphonies la Symphonie « de jeunesse », les 3 Danses symphoniques, le Scherzo en ré mineur, Le Prince Rostislav, le Caprice bohémien, Le Rocher et L'Île des morts (coffret de 4 CD Exton OVXL 00032, les cinq derniers titres étant disponibles isolément, OVCL 00132). Chez le même éditeur japonais, signalons aussi un couplage très original de Vladimir Ashkenazy à Sydney : intermèdes orchestraux d'Aleko, 5 Etudes-tableaux orchestrées et Scherzo en ré mineur (Exton OVCL 00405). En ce qui concerne Le Rocher et L'Île des morts, on retrouve justement les mérites respectifs d'Ashkenazy au Concertgebouw (Decca), Svetlanov (y compris de fulgurants live en BBC Legends) et Jansons. Pour les 3 Danses symphoniques, mention spéciale à Charles Dutoit (+ Symphonie n° 3, Philadelphie, 1990, Decca 433 181-2), mais il faut rechercher la tension de Kirill Kondrachine en 1963 avec le Philharmonique de Moscou (et une version non moins superlative des Cloches op. 35 l'année précédente, Melodiya/BMG 74321 32046 2) ou la beauté et la puissance du Symphonique de la Radio de Cologne WDR dirigé de main de maître par Semyon Bychkov (septembre 2006, même glorieux couplage avec Les Cloches, Profil Hänssler PH 07028, un DVD Arthaus offrant en plus la Symphonie n° 2).
· Musique vocale.
- Mélodies et Romances.
L'intégrale Brilliant Classics a repris la superbe et très complète anthologie – 85 mélodies ou romances, dont les 71 regroupées dans les opus 4, 8, 14, 21, 26, 34 et 38 – enregistrée en 1994/95 pour la firme Chandos par le pianiste Howard Shelley, qui accompagne tour à tour quatre solistes : la soprano Joan Rodgers, la contralto Maria Popescu, le ténor Alexandre Naoumenko et l'excellent baryton Sergueï Leiferkus. Assez curieusement, la seule autre grande intégrale est due à une soprano seulement, mais il s'agit de la merveilleuse et regrettée Elisabeth Söderström (qui nous a quittés le 20 novembre dernier). Enregistrée entre 1974 et 1979, son anthologie a entièrement été réalisée avec le précieux concours de Vladimir Ashkenazy (3 CD Decca 436 920-2). Par ailleurs, il faut rechercher les gravures historiques de la basse Boris Christoff (EMI), ainsi que le disque de Galina Vichnievskaïa en 1976, naturellement accompagnée au piano par son mari Mstislav Rostropovitch (DG). Pour les amateurs de transcriptions – si nombreuses pour les plus célèbres mélodies ! – signalons par exemple la belle réussite du regretté Earl Wild (Ivory Classics).
- Musique chorale ou sacrée.
Pour Les Cloches op. 35, on peut privilégier les versions déjà mentionnées de Kondrachine (Melodiya/BMG) et de Bychkov (Profil Hänssler), mais on recommande aussi les deux gravures de Vladimir Ashkenazy : au Concertgebouw d'Amsterdam en 1984, avec en solistes Natalia Troitskaya, Ryszard Karczykowski et Tom Krause (+ 3 Chants russes op. 41, Decca 436 482-2), ou mieux avec le Philharmonique Tchèque, le Chœur Philharmonique de Prague et Marina Shaguch, Ilya Levinsky et Sergueï Leiferkus (+ Opus 41 et la Cantate « Printemps » op. 20, début 2002, Exton OVCL 00087). Restent les interprétations très réussies de Vassil Stefanov avec le Chœur National de la Radio Bulgare et des solistes homogènes (Fidelio) ou de Mikhaïl Pletnev avec Marina Mescheriakova, Sergueï Larin, Vladimir Chernov, le Chœur de Chambre d'Etat de Moscou et l'Orchestre National de Russie (+ Saint Jean Damascène de Taneiev, 2000, DG 471 029-2).
La Liturgie de Saint Jean Chrysostome op. 31 et Les Vêpres op. 37 ont été fort justement regroupées par Nikolai Korniev à la tête de son Chœur de Chambre de Saint Pétersbourg (Olga Borodina et Vladimir Mostovoy en solistes des Vêpres, Philips « Duo »), mais la première gravure de l'Opus 31, sous la direction de Mikhil Milkov, garde toute sa valeur (Chœur de la Radio Bulgare de Sofia, EMI) comme la version légendaire d'Alexandre Svechnikov avec Clora Korkan, Constantin Ognevoi et le Chœur National d'URSS pour Les Vêpres (1973, Melodiya). Deux versions encore pour ces dernières : l'inimitable ferveur de Mstislav Rostropovitch en dépit d'un chœur un peu « étranger » (The Choral Arts Society of Washington, avec Maureen Forrester et Gene Tucker en solistes, 1985/86, Warner 0630-17955-2) et surtout l'absolue maîtrise de Victor Popov, avec la très adéquate Académie d'Art Choral de Moscou (Delos, DE 3388).
- Opéras.
Les quatre brefs opéras sont fort bien servis dans l'intégrale Brilliant Classics, par des distributions globalement satisfaisantes : Aleko a été capté le 10 mars 1995 sous la direction du très bon chef ukrainien Roman Kofman (Verdi Records), Le Chevalier avare vient d'un enregistrement Chandos de 2003, direction Valery Poliansky, Francesca da Rimini d'une gravure Le Chant du Monde de 1992, avec Andreï Tchistiakov au pupitre de l'Orchestre du Bolchoï, tandis que l'inachevé Monna Vanna est confié à celui qui en a réalisé l'orchestration, Igor Buketoff (à la tête du Symphonique d'Islande en 1991, Chandos). On peut seulement lui préférer la magnifique « trilogie » (sans Monna Vanna) dirigée par Neeme Järvi à Göteborg, avec des distributions tout de même plus brillantes (Maria Guleghina, Anne Sofie von Otter, Sergueï Larin, Sergueï Leiferkus, etc.) et des prises de son très soignées (1996, 3 CD DG 453 452-2). On peut aussi apprécier les autres réalisations d'Andreï Tchistiakov (Aleko et Le Chevalier avare, CDM) ou celles toute récentes de Gianandrea Noseda (BBC Philharmonic, avec le soutien de la Fondation Rachmaninov, Chandos).


