« Pourquoi voulais-je tant faire un festival de musique à Colmar ?
Il y a une foule de raisons et une seule réponse.
Cette réponse se révèle à vous, quand, assis dans la chapelle,
vous contemplez le retable d’Issenheim au son d’une musique de Bach.
Elle est là, quand tombe le soir et que monte une Sérénade de Mozart...
Que l’on se rassure, il n’y a dans cette évocation aucun malentendu romantique.
J’ai voulu décrire un état, une correspondance esthétique...
Celle-ci est vraiment profonde dans quelques lieux privilégiés à Colmar.
Quand ces rapports entre l’art figuré et la musique me firent évidents,
je songeai à organiser un festival à Colmar.
Ces lieux de perpétuelle rencontre entre l’histoire et l’avenir,
prédisposent les musiciens - mieux que les autres – à renoncer à tout narcissisme ! »
Karl Münchinger
En 1979, Karl Münchinger choisit Colmar pour devenir un des « hauts lieux de dialogue permanent » entre la musique française et allemande. Conçues sous le signe de la convivialité et d’hospitalité, ces journées de musique présentées en Alsace par des musiciens allemands et français affichent l’ambition de « rassembler les hommes au cœur de l’Europe » et de séduire les mélomanes, pour lesquels la vie et la musique sont inséparables. L’année 1979, marquée par la création de l’assemblée parlementaire des Communautés européennes, sera l’année de naissance du Festival de Colmar !
Le Festival de Colmar c’est avant tout l’histoire d’amour d’un grand maître pour une ville alsacienne et ses hauts-lieus spirituels renfermant des chefs-d’œuvre uniques. A l’Eglise des Dominicains, Karl Münchinger admire La Vierge au buisson de roses de Martin Schongauer : « Elle éblouit les yeux dès qu’on entre, elle flambe comme le buisson ardent, cette Vierge sérieuse... », écrit-il.
• Du 29 juin au 1er juillet 1979 : 4 concerts dirigés par Karl Münchinger à la tête de « son » Orchestre de chambre de Stuttgart. Les concerts ont lieu à l’Eglise des Dominicains, dans le Cloître des Dominicains, ainsi qu’au Musée Unterlinden.
Au programme : Johann Sebastian Bach, Wolfgang Amadeus Mozart & Joseph Haydn. Parmi les solistes invités, on trouve, entre autres, Bernard Soustrot à la trompette, Robert Dohn et Willy Schnell à la flûte et Martin Galling au clavecin.
La première édition du Festival de Colmar se déroule sous le haut patronage du Préfet de la Région Alsace de l’époque et du Président du Conseil des Ministres (Ministerpräsident) du Land de Bade-Wurtemberg.
Le Maire de Stuttgart de l’époque, Manfred Rommel, écrivait dans la préface du programme 1979 : « En cette année, où un pas important vient d’être fait vers l’Union Européenne, je tiens à exprimer ma joie de voir Karl Münchinger et l’Orchestre de chambre de Stuttgart créer le premier Festival de Colmar. Cette manifestation ranime les relations culturelles déjà existantes entre la France et l’Allemagne Fédérale. Depuis plus de trente ans, aucun autre orchestre allemand n’a su entretenir des liens culturels en tant qu’ambassadeur de la musique avec d’autres pays du monde que l’Orchestre de chambre de Stuttgart... Depuis sa création, cet ensemble a su établir et maintenir un contact privilégié avec le public français. Donner à cet orchestre la possibilité de présenter un tel festival à Colmar peut être considéré comme l’exemple type d’un échange culturel parfaitement réussi ! ».
Quant à Edmond Gerrer, Maire de Colmar de l’époque, celui-ci déclarait : « Pour Colmar, accueillir Karl Münchinger, l’un des plus célèbres chefs d’orchestre allemands, est une grande joie et un événement de retentissement international. Quel mélomane ne se réjouirait pas à la perspective de pouvoir écouter, dans un cadre vraiment unique au monde, la musique des grands maîtres interprétée par un ensemble dont il n’est pas besoin d’évoquer le prestige, tant ses multiples tournées dans le monde entier ont été des succès éclatants ! (...) Notre ville devient un haut-lieu de la musique au cœur de l’Alsace et au carrefour de l’Europe. (...) Cette Europe parle déjà depuis des siècles un langage commun, la musique. Qu’elle nous unisse toujours davantage dans le même amour de la beauté et dans la recherche de ce qu’il y a de meilleur dans l’homme ! (...) Puisse ce festival s’inscrire dans la tradition pour devenir, au fil des ans, le rendez-vous de tous ceux qui sont profondément sensibles à ce charme qui fait que certaines villes (et Colmar est fière d’en être !) sont comme prédestinées à transmettre le message des arts, message de foi et d’espérance dans une humanité plus fraternelle ! ».
• Du 26 au 29 juin 1980 : Karl Münchinger dirige cinq concerts à la tête de l’Orchestre de chambre de Stuttgart. Au programme : Bach, Mozart, Haydn, Jean-Marie Leclair, Grieg et Britten avec, notamment, Frédéric Lodéon au violoncelle, Christian Lardé à la flûte et Bernard Soustrot à la trompette.
• Du 25 au 28 juin 1981 : cinq concerts (Eglise des Dominicains, Chapelle du Retable au Musée Unterlinden & Cloître du Musée Unterlinden). Au programme : Bach, Haendel, Mozart, Haydn et Albert Roussel. On notera parmi les solistes le flûtiste Pierre Pierlot, le clarinettiste Maurice Gabai, le corniste Jacques Adnet et le fidèle Bernard Soustrot à la trompette. Karl Münchinger dirige, notamment, une soirée Mozart devant la Vierge au buisson de roses : au programme figure la Symphonie concertante pour instruments à vent avec les solistes de l’Orchestre de l’Opéra de Paris et le Concerto pour clarinette.
Dans Le Monde du 29 juin 1981, Jacques Lonchampt écrit : « Depuis qu’il l’a contemplé pour la première fois, Karl Münchinger rêvait de faire de la musique devant le Retable d’Issenhiem de Matthias Grünewald au couvent des Unterlinden à Colmar. Comment n’aurait-il pas entendu celle qui sourd irrésistiblement du Concert des anges assemblés près de la Vierge ? (...) Un petit festival de quatre jours, mais riche comme une miniature et tout entier confié à l’Orchestre de chambre de Stuttgart, y est né sous les auspices de deux villes, française et allemande. Münchinger y dirige L’Art de la Fugue de Bach qui est musique et silence... Le Festival se déroule aussi en d’autres points de cette ville alsacienne, qui a su préserver son histoire et son charme exceptionnel. (...) Devant la Vierge au buisson de roses de Martin Schongauer, l’Orchestre joue Mozart. Les lignes souples et sveltes s’entrelacent comme les roses, avec ce raffinement spirituel, cette sonorité d’une énergie intérieure unique que Münchinger a toujours su créer parmi ses musiciens. Les grosses mains du vieux maitre frémissent à peine pour polir un chant, sertir un rythme... »
• Du 24 au 27 juin 1982 : cinq concerts (Collégiale Saint-Martin, Eglise des Dominicains, Cloître du Musée Unterlinden, Chapelle du Retable au Musée Unterlinden). Au programme : soirée « Bach et ses fils », œuvres de J. S. Bach, Vivaldi, Albinoni, Mozart, Haydn, Schubert, Bellini, Dvorak, soirée « Orgue et trompette »... Parmi les solistes, nous trouvons, entre autres, les trompettistes Bernard Soustrot et Jean-Louis Mouton, le flûtiste Peter-Lukas Graf, le hautboïste Gernot Schmalfuss, le violoniste Wolfgang Kussmaul... Les concerts se jouent à guichets fermés.
• Du 23 au 26 juin 1983 : cinq concerts à l’Eglise des Dominicains & dans la Chapelle du Retable au Musée Unterlinden. Soirée « Art de la Fugue de Bach » devant le Retable d’Issenheim, soirée Mozart, soirée « Suites pour orchestre de Bach »... Si Haendel, Haydn et Vivaldi dominent le programme, nous trouvons également des œuvres de Felix Mendelssohn... Cette cinquième édition du Festival verra à l’affiche la flûtiste Michaela Petri qui reviendra des années plus tard jouer les Concertos opus 10 de Vivaldi avec « Les Virtuoses de Moscou » et Vladimir Spivakov.
• Du 27 juin au 1er juillet 1984 : cinq concerts à l’Eglise des Dominicains & dans la Chapelle du Retable au Musée Unterlinden. Karl Münchinger dirige le Requiem de Mozart (avec le Toelzer Knabenchor), les œuvres de Johann Sebastian Bach et de son fils, le « Bach de Londres, Johann Christian, les Symphonies de Haydn et de Schubert, les Quatre Saisons de Vivaldi, mais aussi des pièces de Debussy... La harpiste Isabelle Moretti et l’altiste Tabea Zimmermann se produisent aux côtes des « fidèles » de Münchinger, comme le trompettiste Bernard Soustrot.
• Du 26 au 30 juin 1985 : cinq concerts à l’Eglise des Dominicains & dans la Chapelle du Retable au Musée Unterlinden.
Karl Münchinger propose essentiellement la musique de Johann Sebastian Bach (Cantates, Suites orchestrales, Concertos pour clavier, L’Art de la Fugue...) et Georg Friedrich Haendel (Suites de Water Music, The Music for the Royal Fireworks, Ouvertures d’opéras...
En effet, l’année 1985 est l’année Bach & Haendel (tricentenaire de leur naissance), mais également l’année du 40e anniversaire de la création de l’Orchestre de chambre de Stuttgart par Karl Münchinger. La flûtiste Catherine Cantin que nous retrouverons à Colmar en 2002, lors de l’hommage rendu à Jean-Pierre Rampal, est la soliste de la Deuxième Suite de J.S. Bach.
• Du 25 au 29 juin 1986 : cinq concerts à l’Eglise des Dominicains & dans la Chapelle du Retable au Musée Unterlinden. Karl Münchinger dirige un programme Mozart, une soirée Bach devant le Retable d’Issenheim, les œuvres de Pergolèse, Vivaldi, Haydn, Schubert, Respighi... et Richard Strauss.
• Du 19 au 28 juin 1987 : six concerts sur deux week-ends à l’Eglise des Dominicains & dans la Chapelle du Retable au Musée Unterlinden. Karl Münchinger dirige deux soirées Bach, un programme Mozart avec le violoniste Augustin Dumay en soliste, les partitions de Vivaldi, Gluck, Haydn, Schubert et Dvorak.
• Du 24 juin au 3 juillet 1988 : 5 concerts répartis sur deux week-ends à l’Eglise des Dominicains et à la Chapelle du Retable au Musée Unterlinden.
Karl Münchinger vient à Colmar avec son nouvel ensemble qui porte son nom, Kammerorchester Karl Münchinger. Les deux concerts qu’il dirige à la tête de cette formation mettent à l’honneur ses compositeurs de prédilection : J.S. Bach, Haendel, Mozart (Symphonie concertante pour instruments à vent...), Haydn (Concerto pour trompette...), mais aussi Cimarosa (Concerto pour deux flûtes) et Torelli (Concerto pour quatre trompettes).
Ce dixième Festival donne à Karl Münchinger l’opportunité de faire venir à Colmar pour trois concerts l’Orchestre de la radio SWR de Stuttgart, remarquable formation à la tête de laquelle il propose trois programmes : Mendelssohn-Wagner-Beethoven, J.S. Bach-Mozart-Haydn et Mozart-Beethoven. La Septième symphonie de Beethoven en constitue le point culminant...
Texte de Marianna Chelkova
« Le Festival de Colmar n’est pas un événement mondain qui sacrifie au vedettariat, il s’adresse aux amateurs d’art, aux amoureux de la musique qui viennent vivre ici une sorte d’aventure spirituelle... ».
Karl Münchinger
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