
Pourquoi proposer à l'affiche
d'un festival en hommage à un illustre pianiste pas moins de trois concerts
consacrés aux Lieder et aux mélodies ? Il faut donc rappeler qu'avant de devenir
pianiste concertant, Sviatoslav Richter fut dans sa jeunesse (et pendant
plusieurs années !) accompagnateur de chant à l'Opéra d'Odessa. Il
déclarait volontiers que c'etait le chant qui avait constitué sa vraie école
pianistique ! Par la suite, il a formé, dès 1946, au concert comme au
disque, un duo de « référence » avec sa femme, la cantatrice Nina Dorliac.
On ne saura oublier sa collaboration légendaire avec le baryton allemand
Dietrich Fischer-Dieskau : ils se sont produits ensemble aussi bien au festival de Britten en
Grande-Bretagne, qu'au festival
de la Grange
de Meslay en Touraine et à Moscou. Richter a également accompagné d'autres
grands noms de l'art lyrique comme Elisabeth Schwarzkopf...
Le genre du lied et de la mélodie apparaît comme un vaste domaine qui échappe
aux limites de langage et qui réalise une union parfaite entre la musique et la
poésie, union dont tous les romantiques ont tant rêvé... Le pianiste Semion Skigin, professeur
et accompagnateur de chant qui se produit dans le monde entier aux côtés des
plus grands chanteurs, a concocté pour le festival 2009 deux magnifiques
programmes qui sauront réconcilier les plus récalcitrants avec cette forme
d'expression musicale !
Le 4 juillet à 18h15 à la Chapelle Saint Pierre,
le célèbre ténor allemand Endrik Wottich nous offrira, entre autres, quelques Lieder et Mélodies de Franz Liszt. La musique vocale de Liszt, presque
totalement méconnue, accompagne pourtant toute sa carrière. Attiré par la voix,
il compose Lieder et mélodies par
vagues, entre 1838 et 1884. Nous y retrouvons cette approche novatrice et
originale qui le caractérise dans d'autres domaines, notamment dans ses œuvres
pour piano seul et ses poèmes symphoniques.
Le 7 juillet à 12h30, dans le cadre des « midis musicaux »,
la jeune soprano Anna Samuil qui triomphe depuis 2004 sur les grandes scènes
lyriques européennes, notamment à Berlin et à Londres, propose avec la
complicité de Semion Skigin
un « échantillon » de pièces vocales composées sur les textes de
Goethe, et notamment sur le thème de son Faust.
Saviez-vous que Goethe a
longtemps caressé l'idée de devenir librettiste d'opéra et l'on trouve dans ses
manuscrits pas moins de vingt textes ou esquisses d'ouvrages lyriques, ce qui
représente un cinquième de sa production dramatique totale ! C'est l'opéra
Don Giovanni
de Mozart qui constituait pour Goethe l'idéal
insurpassable. D'ailleurs, Mozart obsèdait à tel point Goethe qu'il finit par
rédiger une sorte de suite de la
Flûte enchantée...
Le 8 juillet à 21h00, à Saint-Matthieu, Tatiana Pavlovskaya, l'une des
« divas » du célèbre Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg dirigé
par Valery Gergiev, chantera les Sept
Lieder de jeunesse d'Alban Berg. Au
tournant du vingtième siècle, ce compositeur va vivre les bouleversements que
traversent à cette époque toutes les disciplines artistiques. A Vienne,
véritable creuset de toutes ces mutations, le musicien, fervent admirateur de
Gustav Mahler et de Richard Strauss, côtoie également Freud et Klimt ...
Passionné de littérature, Alban Berg, à l'instar d'un Schumann, va pendant un
temps hésiter entre musique et poésie. Dans ses jeunes années, Berg compose
plus de 80 Lieder, mais il en détruira une grande partie, les jugeant
« indignes d'écoute ». Pourtant, il finira par s'imposer comme un
remarquable auteur de mélodies, doté d'un vrai talent dramatique. D'ailleurs,
ce sont ses Lieder de jeunesse
qui ont décidé Schönberg d'accepter Berg comme élève ! On ne se lasse pas
d'admirer la beauté mélodique de ces courtes pages qui nous offrent en
raccourci l'histoire de la naissance d'un style : le néoromantisme...
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