
Pour la première fois de son histoire, la 22
ème édition du
Festival de Colmar rendra un double hommage franco-russe.
Maurice Ravel
(1875-1937) et
Sergueï Rachmaninov (1873-1943) ont, chacun à sa façon,
durablement marqué l’histoire musicale de la première moitié du 20
e
siècle. Ces deux artistes de génie, pianistes-compositeurs à la carrière
atypique, ont créé des univers musicaux très personnels et fort éloignés au
premier abord. Cependant, la richesse de leur création, même s’ils ont été
assez peu prolifiques quantitativement comparés à certains de leurs
contemporains, permet des « confrontations » tout à fait
passionnantes dans de nombreux domaines.
L’œuvre de Ravel, fruit d’une quête inlassable de perfection formelle,
intègre un vaste héritage musical qui s’étend de Couperin aux pionniers du
jazz. Reconnu comme un
maître absolu et incontesté de l’
orchestration,
Ravel, tout comme Rachmaninov d’ailleurs, possède une sensibilité et une
expressivité exceptionnelles qui rendent sa musique très actuelle. Fasciné par
la musique russe, à laquelle il se réfère, directement ou indirectement, tout
au long de sa vie, Ravel reste pourtant aux yeux du monde l’incarnation la plus
parfaite de « l’esprit français ».
Résolument postromantique, Rachmaninov se place dans la lignée des
grands compositeurs russes du 19
e siècle, en premier lieu Piotr Tchaïkovski.
Pianiste virtuose à la réputation mondiale, contraint à l’exil après la
Révolution russe de

1917, exil qu’il n’a jamais pu vraiment accepter,
Rachmaninov nous laisse un héritage musical bien plus riche que les quelques
« tubes » qui l’ont fait connaître en Occident. Mélodiste hors pair,
ce musicien profondément enraciné dans la terre russe, à laquelle il fut
brutalement arraché, Rachmaninov a souvent dérouté par son attachement viscéral
à la tradition… Le Festival de Colmar sera l’occasion de rendre justice à ce
musicien majeur dont l’inspiration riche et fertile devrait trouver toute sa
place dans l’histoire musicale de notre temps !
« L’axe » franco-russe sera à l’évidence le fil conducteur de
l’édition 2010 du Festival : jeux de miroir dans le choix des répertoires
et des artistes. Aux côtés de l’orchestre en résidence du Festival, l
e National
Philharmonique de Russie sous la baguette de
Vladimir Spivakov et
Andrey
Boreyko,
l’Orchestre National du Capitole de Toulouse , dirigé par le jeune et
brillant chef russe
Tugan Sokhiev , sera à Colmar pour deux concerts. Pour la
plus grande joie des mélomanes, l’extraordinaire Académie d’art choral de
Moscou revient au Festival pour quatre concerts et nous proposera deux
chefs-d’œuvre absolus de Rachmaninov, ses
Vêpres
et son oratorio
Les Cloches. De
nombreux pianistes (avec en tête le phénoménal
Grigory Sokolov ), chanteurs,
violonistes et chefs d’orchestre, participeront à cette célébration
franco-russe.