Coup de cœur : Le Deuxième quatuor à cordes d'Alexandre Borodine

Borodin.jpgMembre éminent du fameux Groupe des Cinq aux côtés de Moussorgski, Alexandre Borodine est surtout connu en Occident grâce à son chef-d’œuvre, l’opéra Le Prince Igor (achevé - par Rimski-Korsakov ! - au terme de dix-huit ans de travail), sa Deuxième symphonie et son esquisse symphonique Dans les steppes de l’Asie Centrale. Ses quatuors à cordes, tout comme ses mélodies, laissés dans l’ombre, méritent incontestablement une « réhabilitation ».

Le destin de ce compositeur atypique est digne d’un film hollywoodien : fils naturel d’un prince caucasien et d’une actrice, il apprend la musique en autodidacte. Diplômé de la Faculté de médecine de Saint-Pétersbourg, il s’engage dans l’armée, mais, d’une nature particulièrement sensible, s’évanouit… dès qu’il est amené à soigner les blessés ! Borodine quitte alors l’hôpital et devient professeur de chimie à l’Académie militaire. Dès lors, son existence se déroule sans histoire, partagée entre ses cours, sa famille et ses nombreux amis. Il se considère lui-même comme un musicien amateur, avouant que les mélodies naissent spontanément dans son imagination… Lorsque Borodine rencontre Franz Liszt à Magdebourg en 1881, il se présente comme un « compositeur de dimanche ». Liszt lui répond alors, en signe d’encouragement pour ses activités musicales, que… « dimanche est toujours un jour de fête » ! Borodine meurt subitement, à l’âge de 54 ans, d’une rupture d’anévrisme, au cours d’un bal costumé qu’il a organisé dans sa magnifique demeure.

Habité par une insatiable imagination mélodique, Borodine compose, à ses heures perdues, trois symphonies, seize admirables mélodies, une Petite suite pour piano, ainsi que deux quatuors à cordes qui comptent parmi les plus belles réussites de la musique de chambre russe du 19e siècle !

Au sein du Groupe des Cinq, où dominent les prises de positions nationalistes et russophiles, la question des quatuors à cordes (genre occidental par excellence !) est loin de faire l’unanimité. Borodine rapporte dans une lettre de 1875 que Moussorgski lui a fait part de leur « sentiment d’horreur » (sic !) en apprenant qu’il composait un quatuor à cordes. La question du quatuor ne pouvait être que conflictuel pour des musiciens dont le but affiché était d’affirmer la spécificité de l’identité russe ! Plus encore que la symphonie, le quatuor représentait pour eux le modèle viennois et l’emblème de la musique occidentale !

La partition du Deuxième quatuor est portée par un véritable élan lyrique, hérité de la grande tradition mélodique russe : l’auditeur est d’emblée séduit par la variété de couleurs, et Borodine nous prouve ici qu’il maîtrise parfaitement l’art délicat de la nuance et de la demi-teinte. L’œuvre est dédiée à la femme du compositeur, Ekaterina Protopopova. La partition évoque, semble-t-il, le vingtième anniversaire de leur romantique rencontre, en 1861, à Heidelberg, où Borodine faisait ses études de médecine. Selon l’un des biographes russes de Borodine, le Quatuor en ré majeur serait même une sorte de morceau « à programme » et le fameux Notturno correspondrait à la scène de la déclaration d’amour et de demande en mariage !

Le vendredi 11 juillet 2008, Chapelle Saint Pierre à 18h15, Quatuor à cordes Kopelman (également au programme le Troisième quatuor de Chostakovitch).
 
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